Anne-Laure Murier | |
Comment garder nos chercheurs ?
Par son programme d'urgence « jeunes chercheurs », la Fondation Recherche Médicale aide des post-doctorants, en formation à l'étranger, à revenir en France. Alors que notre pays réserve un avenir incertain à ces professionnels de haut niveau, il s'agit d'enrayer la fuite des cerveaux. Rencontre avec une jeune neurobiologiste qui a retraversé l'Atlantique grâce à ce dispositif.
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Vous qualifiez d'« indispensable » la bourse d'aide au retour que vous a attribué la
Fondation Recherche Médicale
: pourquoi ?
Après un post-doctorat de deux ans à New York, dans le prolongement de ma thèse passée à Caen, je souhaitais rentrer en France pour y intégrer la recherche publique. La difficulté est que les rares places proposées chaque année sont attribuées sur concours, qu'il faut présenter avec l'appui d'un laboratoire, dans le cadre d'un travail d'équipe, pour avoir des chances de le réussir. Or ces unités de recherche n'ont pas de budget nécessaire pour financer correctement - après dix années d'étude ! - les candidats-chercheurs. J'ai tenté ma chance une première fois directement à mon retour des Etats-Unis ; j'ai été classée, mais pas retenue. J'ai pu me représenter l'année suivante, grâce à une bourse de la Fondation qui a rendu possible ma collaboration avec une équipe de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil (94).
Cela semble accréditer la thèse d'une crise de la recherche dans notre pays.
Ç'en est une parfaite illustration. Si la bourse de la Fondation a pu m'assurer un revenu d'existence correct, j'ai quasiment travaillé au noir pendant un an : je n'avais ni le statut d'étudiante, ni celui de chercheuse, ce qui signifie que je ne bénéficiais d'aucune protection sociale, ni ne cotisais pour ma retraite, pour un travail à temps plein, productif scientifiquement ! Pour nous, jeunes chercheurs, après huit années d'étude et deux passées à l'étranger, ce genre de situation traduit un manque de reconnaissance flagrant. Aujourd'hui, j'ai réussi à rejoindre l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), qui me garantit la sécurité d'emploi, mais j'aurais pu échouer au vu de l'excellence des candidatures. Au contraire, aux États-Unis, universités et fondations ne rechignent pas à offrir subventions et salaires élevés pour attirer des scientifiques qualifiés.
L'implication d'associations dans le financement de la recherche est donc cruciale ?
Certainement, mais l'obtention de subventions privées n'est pas toujours facile. Surtout dans mon domaine de recherche : autant que le cancer, pourtant, les maladies neuro-dégénératives ou les accidents cardio-vasculaires constituent un enjeu de Santé publique. Il serait vraiment dommage que la France ne valorise pas davantage notre enseignement universitaire qui est de très bonne qualité, notamment parce que notre mode culturel favorise l'esprit critique et la rigueur. Or sans effort financier en conséquence, qu'il soit public, privé ou caritatif, les experts de haut niveau vont s'expatrier, le niveau de l'enseignement va baisser et la compétitivité des laboratoires décliner. C'est le serpent qui se mord la queue. Se donner les moyens d'une recherche nationale puissante, c'est aussi assurer son indépendance économique.
Soutenir la recherche médicale :
http://www.frm.org/aidez/aidez_dons_accueil.php
Crédits photos : Fondation pour la Recherche Médicale
Après un post-doctorat de deux ans à New York, dans le prolongement de ma thèse passée à Caen, je souhaitais rentrer en France pour y intégrer la recherche publique. La difficulté est que les rares places proposées chaque année sont attribuées sur concours, qu'il faut présenter avec l'appui d'un laboratoire, dans le cadre d'un travail d'équipe, pour avoir des chances de le réussir. Or ces unités de recherche n'ont pas de budget nécessaire pour financer correctement - après dix années d'étude ! - les candidats-chercheurs. J'ai tenté ma chance une première fois directement à mon retour des Etats-Unis ; j'ai été classée, mais pas retenue. J'ai pu me représenter l'année suivante, grâce à une bourse de la Fondation qui a rendu possible ma collaboration avec une équipe de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil (94).
Cela semble accréditer la thèse d'une crise de la recherche dans notre pays.
Ç'en est une parfaite illustration. Si la bourse de la Fondation a pu m'assurer un revenu d'existence correct, j'ai quasiment travaillé au noir pendant un an : je n'avais ni le statut d'étudiante, ni celui de chercheuse, ce qui signifie que je ne bénéficiais d'aucune protection sociale, ni ne cotisais pour ma retraite, pour un travail à temps plein, productif scientifiquement ! Pour nous, jeunes chercheurs, après huit années d'étude et deux passées à l'étranger, ce genre de situation traduit un manque de reconnaissance flagrant. Aujourd'hui, j'ai réussi à rejoindre l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), qui me garantit la sécurité d'emploi, mais j'aurais pu échouer au vu de l'excellence des candidatures. Au contraire, aux États-Unis, universités et fondations ne rechignent pas à offrir subventions et salaires élevés pour attirer des scientifiques qualifiés.
L'implication d'associations dans le financement de la recherche est donc cruciale ?
Certainement, mais l'obtention de subventions privées n'est pas toujours facile. Surtout dans mon domaine de recherche : autant que le cancer, pourtant, les maladies neuro-dégénératives ou les accidents cardio-vasculaires constituent un enjeu de Santé publique. Il serait vraiment dommage que la France ne valorise pas davantage notre enseignement universitaire qui est de très bonne qualité, notamment parce que notre mode culturel favorise l'esprit critique et la rigueur. Or sans effort financier en conséquence, qu'il soit public, privé ou caritatif, les experts de haut niveau vont s'expatrier, le niveau de l'enseignement va baisser et la compétitivité des laboratoires décliner. C'est le serpent qui se mord la queue. Se donner les moyens d'une recherche nationale puissante, c'est aussi assurer son indépendance économique.
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Crédits photos : Fondation pour la Recherche Médicale
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