Anne-Laure Murier | |
La santé, un droit universel ?
Le droit à la santé est-il universel ? Le point en France et dans le monde sur un sytéme de protection à plusieurs vitesses.
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Les médicaments sont-ils accessibles à tous ?
Imaginez une visite chez le médecin. Vous apprenez que vous avez contracté une maladie mortelle, et qu'un traitement existe. Mais imaginez maintenant que l'on vous annonce que le prix du traitement dépasse votre salaire annuel... Ou que le traitement n'est plus disponible parce que la firme qui le produisait ne l'a pas jugé assez rentable... Ou encore que le traitement est disponible, mais qu'il y a une chance sur vingt que ses effets secondaires vous tuent. C'est la piqûre de rappel, douloureuse, que relaie Médecins sans Frontières depuis trois ans à travers sa campagne internationale pour l'accès aux médicaments essentiels. Des médicaments qui, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le confirme, sont efficaces pour lutter contre le paludisme, le sida, la tuberculose ou encore la maladie du sommeil, des maladies responsables de la mort de millions de personnes chaque année.
Qui décide ?
« Maladies oubliées, malades négligés : l'industrie pharmaceutique prétexte que le marché n'est pas rentable », dénonce Caroline Livio, porte-parole de MSF. La question est complexe, mais les leviers existent pour réveiller la solidarité. « Comme une arachide ou une machine à laver, le médicament est un produit, soumis à la loi de l'offre et de la demande, et son négoce dépend des règles de l'organisation du commerce international. » Or qui dit OMC dit brevets, par exemple, octroyant à un industriel la possibilité d'exercer un monopole de vingt ans dans une partie du globe qu'il définit. « Prix, quantité, galénique (forme buvable ou comprimé par exemple), dosage : le pays est alors totalement dépendant du fabricant. »
Le cas des trithérapies
La pandémie du sida a servi de détonateur pour que des traitements jusqu'alors inabordables deviennent accessibles aux malades des pays en développement. Avec les fameux accords de Doha, signés grâce à la pression de la société civile et de certains gouvernements, un pays peut recourir aux génériques dès lors qu'il y a urgence nationale : importation ou fabrication sur place, l'enjeu vital supplante le droit de propriété intellectuelle. « Une trithérapie de marque coûtait 10 000 $ par an et par malade en 1999 ; aujourd'hui, l'Inde, le Brésil ou l'Afrique du Sud peuvent fabriquer des équivalents pour 140 $ ! » Sans compter qu'il s'agit de combinaison, avec un comprimé « tout en un ». « Une seule prise le matin et une le soir, cela favorise le suivi régulier du traitement, surtout quand les conditions de vie sont précaires », pointe Sophie-Marie Scouflair.
Les maladies oubliées
L'expérience de cette pharmacienne, aujourd'hui au siège de MSF après plusieurs années sur le terrain, est éloquente. « La volonté d'un programme national de traitement est primordiale. D'autant qu'il rend possible ensuite dépistage et prévention, essentiels pour la mère et l'enfant, notamment. » Côté maladies oubliées, elle se souvient avoir utilisé le dernier lot d'une spécialité thérapeutique, et aussi d'avoir traité des malades devenus résistants à la seule molécule disponible. C'est pourquoi MSF a décidé de relancer la recherche et le développement, « sachant qu'à peine 10 % de l'effort mondial est aujourd'hui consacré aux 90 % de maladies morbides», argumente Caroline Livio. Créée en juillet avec Pasteur et quatre autres instituts publics étrangers, une entité à but non lucratif (Drugs for Neglected Diseases Initiative, DNDI) s'intéresse désormais aux maladies négligées.
Sensibiliser les pouvoirs publics
Des médicaments pour tous, comme le réclame aussi Solidarité Sida à travers une campagne du même nom, c'est évidemment la clef d'entrée de l'accès aux soins et cela exige une solidarité internationale. D'où l'instauration par l'ONU d'un fonds global, par exemple, soutenu par les pays riches. Mais cela ne suffit plus, estime Bernard Kouchner : « Comme il faut favoriser les conditions de développement idéales dans un pays pauvre, il faut y insuffler des schémas de protection sociale, dans l'idée d'une assurance maladie universelle. » Utopique ? « Les malades sont capables d'économiser pour se soigner », rapporte de son expérience africaine Sophie-Marie Scouflair. Encore faut-il que les gouvernements ne piquent pas la caisse. » Globalisation oblige, nous voilà donc tous « malades sans frontières », dixit le « French Doctor », qui pilote par ailleurs une initiative internationale de jumelage entre structures de soins, au nom éloquent : Ensemble pour une solidarité thérapeutique en réseau (Esther).
Le cas français
Et chez nous ? Comment se porte notre principe républicain fondamental « Chacun paye selon ses ressources et reçoit selon ses besoins de santé » ?
Pas très bien, déplorent MSF et Médecins du Monde, cosignataires d'une pétition concernant l'aide médicale d'Etat (AME). A la manière de la couverture médicale universelle (CMU), l'AME s'adresse aux personnes à très faibles ressources, mais en situation irrégulière et souhaitant s'installer dans notre pays. Immédiateté de la prise en charge, gratuité des soins : le projet de loi de finances 2004 y met fin. « Démarche de suspicion, complexification administrative, cette réforme est une phase de régression totale », estime Jérôme Pfaffmann, coordinateur de la mission banlieue de MDM.
Pas très bien, déplorent MSF et Médecins du Monde, cosignataires d'une pétition concernant l'aide médicale d'Etat (AME). A la manière de la couverture médicale universelle (CMU), l'AME s'adresse aux personnes à très faibles ressources, mais en situation irrégulière et souhaitant s'installer dans notre pays. Immédiateté de la prise en charge, gratuité des soins : le projet de loi de finances 2004 y met fin. « Démarche de suspicion, complexification administrative, cette réforme est une phase de régression totale », estime Jérôme Pfaffmann, coordinateur de la mission banlieue de MDM.
La précarité synonyme de mauvaise santé
« Nous alertons aussi sur l'accès chaotique aux soins d'autres catégories de la population », poursuivent les deux associations. Des populations fragilisées que les équipes France de MDM côtoient dans les centres d'accueil médicalisés de l'association, ses missions mobiles ou encore ses missions de réduction des risques : personnes âgées, squatteurs, prostitué(e)s, travailleurs immigrés, gens du voyage, familles confrontées au saturnisme. « L'accès aux soins n'est pas qu'une question d'ouverture de droits », conclut Jérôme Pfaffmann. « Compte tenu du "divorce avec le corps" qui accompagne la précarité, comme le dit Xavier Emmanuelli, il faut aller au-devant des besoins par une politique volontariste. »
Crédit photos : Benjamin Horvais, Anne-Laure Murier
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