Violaine de Marsangy | |
Les maladies de la pauvreté
Il existe des maladies que l'on croyait oubliées. Si elles ne sont plus, dans nos pays, qu'un mauvais souvenir, ailleurs, dans les pays les plus pauvres, elles restent meurtrières pour des millions de personnes. Des remèdes sont pourtant disponibles et des vaccins efficaces, mais leur accès reste difficile faute de moyens financiers (paludisme) ou de freins culturels (lèpre, noma). État des lieux.
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Des diagnostics difficiles
Au-delà de la recrudescence de ces maladies, le diagnostic reste l'un des problèmes principaux. Si pour le paludisme, il est simple, rapide et permet le traitement des personnes affectées, ce n'est pas le cas d'autres maladies. Le dépistage de la lèpre ou de la tuberculose, par exemple, reste problématique.
Le temps d'incubation de la lèpre peut en effet durer jusqu'à dix ans, période pendant laquelle le malade est contagieux. « C'est en partie pour cela que la chaîne de contagion n'a toujours pas été rompue », explique Jehan-Michel Rondot, directeur des programmes de la Fondation Raoul Follereau. De même, pour la tuberculose qui cause la mort de deux millions de personnes chaque année, on ne dispose pas d'un mode de dépistage efficace. Une personne sur deux atteinte de la maladie ne pourrait pas être dépistée car le test diagnostic a près de 130 ans et qu'il ne permet pas de détecter l'infection chez les enfants ni chez les malades du sida. Or, « la tuberculose est la première maladie opportuniste liée au sida » (douze millions de personnes atteintes du sida dans le monde ont la tuberculose), précise Caroline Livio, chargée de la communication des maladies négligées de Médecins Sans Frontières. En France, la maladie a connu une recrudescence entre 1991 et 1995, liée également à l'émergence du VIH. A l'heure actuelle, la situation reste préoccupante auprès des personnes migrantes, des SDF ainsi que dans les prisons. A la moindre suspicion, les associations en contact avec ces publics (MSF, Médecins du Monde notamment) renvoient les patients vers le système de santé public.
Des traitements disponibles mais difficiles à distribuer
Le nombre des malades de la lèpre a diminué ces dernières années. On estime néanmoins qu'il apparaît un nouveau cas chaque minute dans le monde. Depuis la mise au point du nouveau traitement de poly chimiothérapie (PCT), 14 millions de malades ont été guéris en vingt-cinq ans. Le traitement est efficace et gratuit pour le malade (son coût moyen, pris en charge, est de 2 euros par mois pendant six mois à un an), mais sa mise en oeuvre est difficile. La maladie continue ainsi à se développer dans les pays pauvres notamment car les structures sanitaires sont précaires et éloignées des villages. De plus, « La lèpre exclut. C'est une maladie ancestrale, considérée comme une vengeance des Dieux donc honteuse », souligne Jehan-Michel Rondot. Et les malades n'osent pas toujours se rendre dans les centres de santé. Le Noma est également une maladie honteuse. Cette infection, qui gangrène le visage, se développe principalement en Afrique sub-saharienne. Si la maladie est détectée de manière précoce, sa progression peut être facilement évitée par un traitement antibiotique, une alimentation et une hygiène correctes. Pourtant, faute de prévention, 80 % des patients meurent. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), cette pathologie tue entre 90 000 et 450 000 enfants chaque année. L'Opération Sourire de Médecins du Monde soigne ceux qui ont survécu mais qui sont défigurés à vie, afin qu'ils retrouvent leur vrai visage. Mais la stigmatisation sociale empêche parfois de repérer les enfants atteints car ils sont cachés par leur famille.
Un manque de volonté politique
Quant à la rougeole, on pourrait l'éviter aisément puisqu'un vaccin efficace existe. Perçue en France comme une maladie bénigne, elle affecte pourtant 30 millions de personnes et provoque environ 900 000 morts chaque année dans le monde, principalement des enfants. Pourquoi ? « Parce que dans de nombreux pays, toutes les populations à risques, notamment les jeunes enfants, ne sont pas vaccinées contre cette maladie très contagieuse », note Caroline Livio de MSF. En effet, il est compliqué d'organiser des campagnes de vaccination d'envergure. Les moyens politiques, techniques et logistiques font défaut. Le coût du vaccin est pourtant modique : 0.30 euros.
De même, le paludisme a son traitement : les ACT (combinaison à base de dérivés d'artémisinine). Mais faute de volonté politique, les ACT ne sont pas disponibles dans la majorité des pays africains. Or le paludisme tue 2 millions de personnes chaque année dont la moitié sont des enfants. L'Afrique paie le plus lourd tribu avec 90 % des décès. Face à cette situation, de nombreuses associations comme MSF ou Plan France mènent des campagnes de sensibilisation auprès des populations à risque.
Peu d'investissements en recherche
Par manque de débouchés économiques, la recherche est en panne pour une grande partie de ces maladies. C'est le cas notamment de la tuberculose qui se soigne aujourd'hui avec des médicaments vieux et obsolètes : le traitement a plus de 30 ans. Il est peu coûteux mais lourd à mettre en place : il nécessite une hospitalisation de deux mois et un suivi quotidien durant six mois. « Nous souhaiterions des investissements afin d'élaborer un test permettant de diagnostiquer tous les malades, un traitement moins contraignant et un vaccin plus efficace », insiste Caroline Livio de MSF. Par ailleurs, il n'existe toujours pas de vaccin contre le paludisme. Techniquement, c'est un vaccin difficile à élaborer et d'autre part, les fonds investis dans la recherche ne sont pas suffisants. Mais dans tous les cas, il est primordial de rester mobilisé pour que ces maladies dévastatrices dans les pays pauvres ne tombent pas dans l'oubli auprès des acteurs internationaux.
Crédit photos : Fondation Raoul Follereau
Au-delà de la recrudescence de ces maladies, le diagnostic reste l'un des problèmes principaux. Si pour le paludisme, il est simple, rapide et permet le traitement des personnes affectées, ce n'est pas le cas d'autres maladies. Le dépistage de la lèpre ou de la tuberculose, par exemple, reste problématique.
Le temps d'incubation de la lèpre peut en effet durer jusqu'à dix ans, période pendant laquelle le malade est contagieux. « C'est en partie pour cela que la chaîne de contagion n'a toujours pas été rompue », explique Jehan-Michel Rondot, directeur des programmes de la Fondation Raoul Follereau. De même, pour la tuberculose qui cause la mort de deux millions de personnes chaque année, on ne dispose pas d'un mode de dépistage efficace. Une personne sur deux atteinte de la maladie ne pourrait pas être dépistée car le test diagnostic a près de 130 ans et qu'il ne permet pas de détecter l'infection chez les enfants ni chez les malades du sida. Or, « la tuberculose est la première maladie opportuniste liée au sida » (douze millions de personnes atteintes du sida dans le monde ont la tuberculose), précise Caroline Livio, chargée de la communication des maladies négligées de Médecins Sans Frontières. En France, la maladie a connu une recrudescence entre 1991 et 1995, liée également à l'émergence du VIH. A l'heure actuelle, la situation reste préoccupante auprès des personnes migrantes, des SDF ainsi que dans les prisons. A la moindre suspicion, les associations en contact avec ces publics (MSF, Médecins du Monde notamment) renvoient les patients vers le système de santé public.
Des traitements disponibles mais difficiles à distribuer
Le nombre des malades de la lèpre a diminué ces dernières années. On estime néanmoins qu'il apparaît un nouveau cas chaque minute dans le monde. Depuis la mise au point du nouveau traitement de poly chimiothérapie (PCT), 14 millions de malades ont été guéris en vingt-cinq ans. Le traitement est efficace et gratuit pour le malade (son coût moyen, pris en charge, est de 2 euros par mois pendant six mois à un an), mais sa mise en oeuvre est difficile. La maladie continue ainsi à se développer dans les pays pauvres notamment car les structures sanitaires sont précaires et éloignées des villages. De plus, « La lèpre exclut. C'est une maladie ancestrale, considérée comme une vengeance des Dieux donc honteuse », souligne Jehan-Michel Rondot. Et les malades n'osent pas toujours se rendre dans les centres de santé. Le Noma est également une maladie honteuse. Cette infection, qui gangrène le visage, se développe principalement en Afrique sub-saharienne. Si la maladie est détectée de manière précoce, sa progression peut être facilement évitée par un traitement antibiotique, une alimentation et une hygiène correctes. Pourtant, faute de prévention, 80 % des patients meurent. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), cette pathologie tue entre 90 000 et 450 000 enfants chaque année. L'Opération Sourire de Médecins du Monde soigne ceux qui ont survécu mais qui sont défigurés à vie, afin qu'ils retrouvent leur vrai visage. Mais la stigmatisation sociale empêche parfois de repérer les enfants atteints car ils sont cachés par leur famille.
Un manque de volonté politique
Quant à la rougeole, on pourrait l'éviter aisément puisqu'un vaccin efficace existe. Perçue en France comme une maladie bénigne, elle affecte pourtant 30 millions de personnes et provoque environ 900 000 morts chaque année dans le monde, principalement des enfants. Pourquoi ? « Parce que dans de nombreux pays, toutes les populations à risques, notamment les jeunes enfants, ne sont pas vaccinées contre cette maladie très contagieuse », note Caroline Livio de MSF. En effet, il est compliqué d'organiser des campagnes de vaccination d'envergure. Les moyens politiques, techniques et logistiques font défaut. Le coût du vaccin est pourtant modique : 0.30 euros.
De même, le paludisme a son traitement : les ACT (combinaison à base de dérivés d'artémisinine). Mais faute de volonté politique, les ACT ne sont pas disponibles dans la majorité des pays africains. Or le paludisme tue 2 millions de personnes chaque année dont la moitié sont des enfants. L'Afrique paie le plus lourd tribu avec 90 % des décès. Face à cette situation, de nombreuses associations comme MSF ou Plan France mènent des campagnes de sensibilisation auprès des populations à risque.
Peu d'investissements en recherche
Par manque de débouchés économiques, la recherche est en panne pour une grande partie de ces maladies. C'est le cas notamment de la tuberculose qui se soigne aujourd'hui avec des médicaments vieux et obsolètes : le traitement a plus de 30 ans. Il est peu coûteux mais lourd à mettre en place : il nécessite une hospitalisation de deux mois et un suivi quotidien durant six mois. « Nous souhaiterions des investissements afin d'élaborer un test permettant de diagnostiquer tous les malades, un traitement moins contraignant et un vaccin plus efficace », insiste Caroline Livio de MSF. Par ailleurs, il n'existe toujours pas de vaccin contre le paludisme. Techniquement, c'est un vaccin difficile à élaborer et d'autre part, les fonds investis dans la recherche ne sont pas suffisants. Mais dans tous les cas, il est primordial de rester mobilisé pour que ces maladies dévastatrices dans les pays pauvres ne tombent pas dans l'oubli auprès des acteurs internationaux.
Crédit photos : Fondation Raoul Follereau
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