Anne Laure Murier | |
Pierre Foldes, un chirurgien qui redonne espoir aux femmes mutilées
Toutes les 15 secondes, une fille est excisée quelque part dans le monde. En Afrique noire essentiellement, mais aussi en Egypte où plus de 90 % des femmes sont mutilées, sans compter la France où 35 000 fillettes sont elles aussi « coupées ». Alors que de plus en plus d'interdictions frappent cette pratique, le Dr Pierre Foldes mène un combat singulier : « réparer » ces organes qui ont été niés, en réponse à une douleur aussi médicale que psychologique. Un petit geste chirurgical, une grande révolution.
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Réparer le clitoris de femmes mutilées serait un geste simple d'un point de vue chirurgical, mais vous demeurez le seul au monde à le pratiquer : pourquoi ?
C'est presque par hasard que j'ai mis cette technique au point. Alors que j'étais en Afrique, une femme excisée m'a consulté car cette mutilation génitale provoquait une douleur quotidienne quasi insupportable, comme c'est souvent le cas. En cherchant à atténuer la cicatrisation en cause, j'ai découvert qu'une partie du clitoris restait enfouie et, toujours innervée, pouvait être utilisée. Mais rien sur le sujet dans toute la littérature médicale, alors que les pages sur le pénis abondent ! C'est un premier élément de réponse. Imaginez qu'elle ne suscite aucun commentaire ni information de la part de nombreux gynécologues, témoignent mes patientes. Outre ce machisme du monde médical, l'expansion de cette chirurgie plastique a deux freins : elle est peu lucrative et peut occasionner des menaces. J'ai cependant obtenu qu'elle soit remboursée par la sécurité sociale, depuis trois ans. Et je ne suis plus le seul à opérer : j'ai enseigné ce geste facilement transposable en France et en Afrique, surtout.
Dans votre clinique de Saint-Germain-en-Laye, 1200 femmes ont retrouvé leur intégrité physique ; une centaine vous sollicite chaque mois : quelle est leur demande ?
Elles expriment une souffrance et revendiquent notamment un droit au plaisir sexuel. Je les entends et leur apporte une reconstruction des organes mutilés, possible aujourd'hui jusqu'aux petites lèvres (après une infibulation). Mais ce sont elles qui se guérissent. En rendant réversibles les mutilations, la médicalisation a été un levier pour lever un tabou et libérer la parole de ces femmes. C'est en sortant la mutilation de son contexte traditionnel et de son formatage sociétal que le processus de réparation a pu commencer. La lutte contre les violences conjugales s'est amorcée selon le même processus, incluant une mobilisation des pouvoirs publics.
Depuis 1983, la loi française prévoit dix ans de prison pour les auteurs d'excision, vingt ans si la victime a moins de quinze ans et que l'auteur a autorité sur elle. Quel est le bilan de cette criminalisation, que seule la France pratique ?
3 à 4000 excisions ont encore cours chaque année, mais de façon plus clandestine. Elles sont en baisse là où les associations interviennent, mais peuvent augmenter dans les communautés nouvellement arrivées. La pression sociale, l'influence du groupe sont tenaces. Il est particulièrement difficile d'enrayer les excisions pratiquées « au pays », sous couvert de vacances, d'où la nécessité d'une mobilisation active, avec une prise de position ferme de l'Organisation mondiale contre la santé (OMS) et autres institutions internationales.
Crédit photos : Benjamin Horvais
L'engagement de Pierre Foldes est raconté dans « Victoire sur l'excision », d'Hubert Prolongeau (Albin Michel - 16 euros).
C'est presque par hasard que j'ai mis cette technique au point. Alors que j'étais en Afrique, une femme excisée m'a consulté car cette mutilation génitale provoquait une douleur quotidienne quasi insupportable, comme c'est souvent le cas. En cherchant à atténuer la cicatrisation en cause, j'ai découvert qu'une partie du clitoris restait enfouie et, toujours innervée, pouvait être utilisée. Mais rien sur le sujet dans toute la littérature médicale, alors que les pages sur le pénis abondent ! C'est un premier élément de réponse. Imaginez qu'elle ne suscite aucun commentaire ni information de la part de nombreux gynécologues, témoignent mes patientes. Outre ce machisme du monde médical, l'expansion de cette chirurgie plastique a deux freins : elle est peu lucrative et peut occasionner des menaces. J'ai cependant obtenu qu'elle soit remboursée par la sécurité sociale, depuis trois ans. Et je ne suis plus le seul à opérer : j'ai enseigné ce geste facilement transposable en France et en Afrique, surtout.
Dans votre clinique de Saint-Germain-en-Laye, 1200 femmes ont retrouvé leur intégrité physique ; une centaine vous sollicite chaque mois : quelle est leur demande ?
Elles expriment une souffrance et revendiquent notamment un droit au plaisir sexuel. Je les entends et leur apporte une reconstruction des organes mutilés, possible aujourd'hui jusqu'aux petites lèvres (après une infibulation). Mais ce sont elles qui se guérissent. En rendant réversibles les mutilations, la médicalisation a été un levier pour lever un tabou et libérer la parole de ces femmes. C'est en sortant la mutilation de son contexte traditionnel et de son formatage sociétal que le processus de réparation a pu commencer. La lutte contre les violences conjugales s'est amorcée selon le même processus, incluant une mobilisation des pouvoirs publics.
Depuis 1983, la loi française prévoit dix ans de prison pour les auteurs d'excision, vingt ans si la victime a moins de quinze ans et que l'auteur a autorité sur elle. Quel est le bilan de cette criminalisation, que seule la France pratique ?
3 à 4000 excisions ont encore cours chaque année, mais de façon plus clandestine. Elles sont en baisse là où les associations interviennent, mais peuvent augmenter dans les communautés nouvellement arrivées. La pression sociale, l'influence du groupe sont tenaces. Il est particulièrement difficile d'enrayer les excisions pratiquées « au pays », sous couvert de vacances, d'où la nécessité d'une mobilisation active, avec une prise de position ferme de l'Organisation mondiale contre la santé (OMS) et autres institutions internationales.
Crédit photos : Benjamin Horvais
L'engagement de Pierre Foldes est raconté dans « Victoire sur l'excision », d'Hubert Prolongeau (Albin Michel - 16 euros).
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