Violaine de Marsangy

La bombe urbaine : comment nourrir villes en guerre et bidonvilles ?

La faim a changé de visage. La guerre s'est déplacée des campagnes vers les villes. Le monde s'urbanise à une vitesse fulgurante, surtout dans les pays du Sud. Les humanitaires sont de plus en plus confrontés à des crises urbaines. Peuvent-ils y répondre sans le soutien des Etats ? Comment agir ? Sans être trop alarmiste, Action contre la Faim lance le débat. Jean-Christophe Rufin, son président, exprime son point de vu
La bombe urbaine : comment nourrir villes en guerre et bidonvilles ?
Qu'est-ce que la bombe urbaine ?

Ce terme peut paraître alarmiste mais il découle en réalité de deux constatations pratiques. Tout d'abord, les guerres et les conflits se sont déplacés des campagnes vers les villes. Dans les années 1980, les confits se déroulaient dans des régions éloignées, pauvres et rurales (à l'exception de Beyrouth). Depuis le grand bouleversement stratégique de la chute du bloc communiste, nous assistons à un glissement de la guerre vers les villes. Les exemples sont nombreux : Monrovia, Grozny, Abidjan, Kaboul ou encore Bagdad.
Cela se passe aujourd'hui, mais c'est aussi le futur. Nous devons donc changer notre lecture de la guerre mais aussi celle du monde. Deuxièmement, nous remarquons aussi un transfert de la misère des campagnes vers les villes et leurs périphéries. Un tiers de la population mondiale est aujourd'hui urbaine. La ville se dispose à développer des foyers d'embrasement possibles. L'idée de « bombe urbaine » est la convergence de ces deux phénomènes.
 
En quoi cela représente-t-il un nouveau défi pour les humanitaires ?

La taille des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui est tout à fait nouvelle. C'est du jamais vu pour nous humanitaires. Auparavant, nous avions à gérer des flux de réfugiés. C'est le cas encore aujourd'hui au Soudan. Le Darfour est une crise classique à la campagne. Nous savons répondre à ce type de situation, nous en avons l'expérience. En revanche, lorsque la crise survient en ville, notre intervention est beaucoup plus complexe. Il n'y par exemple pas de distinction géographique entre les zones civiles et les zones de conflit. La répression se fait de façon indistincte. L'habitat civil est touché. D'autre part, les populations des villes sont totalement dépendantes de l'extérieur pour leur subsistance. Dans les campagnes, on peut fuir et bénéficier des ressources naturelles. En ville, les populations sont généralement encerclées.
 
La situation est-elle si alarmante ?

Pas alarmante mais grave. C'est pourquoi il faut y réfléchir : nous lançons la réflexion. Mais, attention, nous ne faisons pas la guerre aux villes. On doit aimer les villes. La ville reste un facteur de développement. Nous devons cependant nous préparer à de nouvelles formes d'actions, notamment en partenariat avec les collectivités locales. S'il n'y a pas d'Etat, ce ne sera pas tenable pour nous.

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