Christelle Célarié

Un enfant qui ne joue pas est un enfant qui meurt

Nicole Dagnino est déléguée de l'ONG Enfants Réfugiés du Monde qui intervient auprès des enfants qui ont dû fuir leur pays. Elle fait un point sur la situation des enfants réfugiés et déplacés dans le monde, sur les missions et la vocation de l'association : permettre à ces enfants de jouer, de rire, d'apprendre... de vivre malgré tout leur vie d'enfant.
Un enfant qui ne joue pas est un enfant qui meurt
Quelle est la situation des enfants réfugiés dans le monde aujourd'hui ?
 
Nicole Dagnino : Les enfants ont toujours représenté plus de la moitié des réfugiés et des déplacés dans le monde : aujourd'hui, on compte 10 millions de réfugiés et 30 millions de déplacés internes. Si la plupart de ces populations ont dû fuir leur pays à la suite d'un conflit armé, certaines doivent abandonner leur terre dévastée par une catastrophe naturelle, une sécheresse, des inondations, un tremblement de terre ou un tsunami comme en Asie du Sud-Est. Dans un refuge, les conditions sont dures pour tous, enfants et adultes, au plan matériel et psychologique. La peur, le dénuement règnent : les enfants ont perdu leur maison, leurs jouets, leur école, parfois leurs copains, leurs parents. Les enfants sont souvent abandonnés à eux-mêmes, désoeuvrés, avec leur angoisse ou leur rage... mais aussi, heureusement, avec leur extraordinaire envie de vivre. En général, ils travaillent : ils sont de corvée d'eau, de bois, ils vont vendre à la sauvette pour rapporter trois sous. On doit non seulement leur donner de la nourriture, des soins, de l'éducation, mais aussi les protéger des violences sexuelles qu'ils pourraient subir, du sida, éviter qu'ils ne soient enrôlés par les troupes armées qu'elles soient régulières ou rebelles. On doit leur apporter, malgré tout, de la normalité et de la paix.
 
Dans quels pays intervient votre association et comment intervient-t-elle ?
 
Nicole Dagnino : Nous intervenons non seulement auprès de populations qui peuvent être réfugiées depuis plus de trente ans, comme les Sahraouis dans le désert algérien, ou les Palestiniens dans les camps du Liban, mais aussi auprès de réfugiés et déplacés beaucoup plus récents. Nous sommes présents en Afrique de l'Ouest, au Proche Orient, en Asie ainsi que sur le continent américain. Dans toutes ces zones, que nous intervenions en milieu rural, dans la forêt, le désert, ou en zone urbaine, notre vocation majeure est de répondre aux besoins non matériels des enfants, c'est à dire les protéger, leur permettre de jouer, de dessiner, de rire, d'apprendre et les écouter. En général, nous accueillons les enfants dans nos « centres d'animation » mais les équipes assurent également des animations mobiles, plus ponctuelles. Notre action touche environ 70 000 enfants. Dans chaque pays, nous travaillons en partenariat avec des groupes locaux, des associatifs ou des institutionnels. Avec eux, il s'agit d'un échange et d'un transfert de savoir-faire et de compétences.
 
Ce ne doit pas être toujours facile de mettre en place des activités ludiques dans des pays en crise ?
 
Nicole Dagnino : Non, pas toujours facile mais faisable. Nous avons publié, aux éditions de la Fondation de France, une « Malle de Jeux Internationale » pour permettre aux professionnels et aux familles de mettre en place des espaces de jeux et d'organiser des activités, un peu partout dans le monde. Le guide explique comment fabriquer des jouets simples, par exemple, des cordes à sauter, des hochets à partir de bouts de bois, de graines, de matériaux de récupération... Cette « malle » est un document-outil qui sert à nos équipes sur le terrain : même en l'absence de structures organisées on peut proposer un temps de jeu aux enfants.
 
Parmi tous les pays dans lesquels vous intervenez, y a t il une situation qui vous inquiète plus particulièrement ?
 
Nicole Dagnino : Chaque situation est scabreuse, compliquée. En ce moment, les enfants palestiniens nous inquiètent, ils sont soumis à la violence en permanence -violence politique, militaire-, à Gaza, les frappes aériennes sont quotidiennes. Les points d'acheminement de l'aide internationale sont fermés, les produits de première nécessité manquent... les enfants subissent cette situation et ils vivent dans une angoisse permanente. La situation des enfants sahraouis dans les camps du désert est préoccupante, elle aussi, d'une autre manière : c'est une crise qui dure depuis plus de trente ans et il y a quelques mois, les camps ont été ravagés par de terribles inondations. Ces populations sont entièrement dépendantes de l'aide internationale. mais pourtant personne n'en a parlé. Et puis bien sûr il y a des situations très préoccupantes où ne sommes pas présents, comme le Darfour ou la République Démocratique du Congo, nous sommes loin d'avoir les moyens d'être partout.
 
Crédit photos : Benjamin Horvais

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