Anne-Laure MURIER | |
Le problème de l'accès à l'eau potable
L'accès à l'eau potable est essentiel à la sécurité alimentaire. Comment améliorer les réseaux d'adduction, sensibiliser les populations ou encore gérer la distribution d'eau? Trois questions à Simon Godefroy, spécialiste.
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Comment se pose le problème de l'eau dans les pays du Sud ?
La où il y a de la vie, il y a de l'eau. Mais celle-ci n'est malheureusement pas toujours potable, ni facilement accessible. La première question est la production d'eau : où la prendre ? S'il n'y a pas de puits préexistant ou d'autre source disponible, la solution consiste souvent à forer, installer une pompe, voire construire un château d'eau pour la stocker. Ensuite, il faut veiller à sa potabilité, ce qui peut être résolu par simple filtrage ou entretien régulier du puits. Dans un second temps se pose la qualité du service. Il s'agit d'apporter l'eau au plus près des populations grâce à des canalisations, éventuellement de construire des infrastructures en fonction des besoins. Enfin, se pose la question du contrôle citoyen et des modes de gestion pour garantir un accès durable et équitable à cette eau.
Qu'entendez-vous par mode de gestion ?
Idéalement, il faudrait que « l'argent de l'eau retourne à l'eau », c'est-à-dire que le prix payé par l'utilisateur serve à optimiser le réseau de distribution et la qualité de l'eau. Encore faudrait-il pouvoir donner le bon exemple : dans nos pays, l'argent du contribuable alimente plutôt des fonds de pension ! C'est un débat que nous soulevons, en relayant des campagnes de lobbying et en sensibilisant les étudiants pour en faire des ingénieurs citoyens. Cette absence de citoyenneté autour de l'eau est d'autant plus cruciale que la coopération internationale n'apporte que très peu de financements pour développer les moyens de production et tend à reproduire les modèles du Nord en laissant peu de place à l'expérimentation : or vaut-il mieux qu'un village sénégalais, pour prendre un exemple sur lequel nous avons travaillé, dépende d'une compagnie des eaux nationale, filiale d'un groupe international, ou développe son autonomie en confiant le contrôle de son système de distribution à un comité local, ou à la commune via une régie ?
Concrètement, comment se déploie un projet de développement ?
Les projets commencent toujours à la demande des intéressés. Généralement, la première phase consiste à améliorer l'existant, ce qui permet de structurer le rôle de chacun des acteurs et de responsabiliser les usagers, avant d'envisager des travaux de plus grande ampleur. Enfin, il s'agit de consolider la dynamique créée autour du projet, dans l'objectif d'en assurer la pérennité et de voir ce que cela peut générer en termes d'activités économiques, par exemple. Conscients de nos limites d'étudiants bénévoles venus du Nord, nous cherchons avant tout à être appuyés par des ONG locales, sociologues ou animateurs de développement local, qui maîtrisent les dynamiques sociales et culturelles, et des bureaux d'études qui permettront au projet de s'insérer au mieux dans son contexte. A nous, ingénieurs citoyens, de faire en sorte que la technique se mette au service de nos partenaires !
En savoir plus sur les actions d'Ingénieurs sans Frontières : http://www.isf-france.org/
La où il y a de la vie, il y a de l'eau. Mais celle-ci n'est malheureusement pas toujours potable, ni facilement accessible. La première question est la production d'eau : où la prendre ? S'il n'y a pas de puits préexistant ou d'autre source disponible, la solution consiste souvent à forer, installer une pompe, voire construire un château d'eau pour la stocker. Ensuite, il faut veiller à sa potabilité, ce qui peut être résolu par simple filtrage ou entretien régulier du puits. Dans un second temps se pose la qualité du service. Il s'agit d'apporter l'eau au plus près des populations grâce à des canalisations, éventuellement de construire des infrastructures en fonction des besoins. Enfin, se pose la question du contrôle citoyen et des modes de gestion pour garantir un accès durable et équitable à cette eau.
Qu'entendez-vous par mode de gestion ?
Idéalement, il faudrait que « l'argent de l'eau retourne à l'eau », c'est-à-dire que le prix payé par l'utilisateur serve à optimiser le réseau de distribution et la qualité de l'eau. Encore faudrait-il pouvoir donner le bon exemple : dans nos pays, l'argent du contribuable alimente plutôt des fonds de pension ! C'est un débat que nous soulevons, en relayant des campagnes de lobbying et en sensibilisant les étudiants pour en faire des ingénieurs citoyens. Cette absence de citoyenneté autour de l'eau est d'autant plus cruciale que la coopération internationale n'apporte que très peu de financements pour développer les moyens de production et tend à reproduire les modèles du Nord en laissant peu de place à l'expérimentation : or vaut-il mieux qu'un village sénégalais, pour prendre un exemple sur lequel nous avons travaillé, dépende d'une compagnie des eaux nationale, filiale d'un groupe international, ou développe son autonomie en confiant le contrôle de son système de distribution à un comité local, ou à la commune via une régie ?
Concrètement, comment se déploie un projet de développement ?
Les projets commencent toujours à la demande des intéressés. Généralement, la première phase consiste à améliorer l'existant, ce qui permet de structurer le rôle de chacun des acteurs et de responsabiliser les usagers, avant d'envisager des travaux de plus grande ampleur. Enfin, il s'agit de consolider la dynamique créée autour du projet, dans l'objectif d'en assurer la pérennité et de voir ce que cela peut générer en termes d'activités économiques, par exemple. Conscients de nos limites d'étudiants bénévoles venus du Nord, nous cherchons avant tout à être appuyés par des ONG locales, sociologues ou animateurs de développement local, qui maîtrisent les dynamiques sociales et culturelles, et des bureaux d'études qui permettront au projet de s'insérer au mieux dans son contexte. A nous, ingénieurs citoyens, de faire en sorte que la technique se mette au service de nos partenaires !
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