Liam Rakimar

Des mains pour s'en sortir

Winnie Lira est chilienne. Elle dirige la fondation Solidarité Chili, partenaire de la Fédération Artisans du Monde. Ce partenariat permet à des centaines d'artisans, en majorité des femmes, de vendre leur artisanat à l'étranger et de vivre dignement. Rencontre avec une femme engagée.
Des mains pour s'en sortir
L'engagement de Winnie Lira dans la commercialisation de l'artisanat des populations démunies remonte à près de trente ans. Un jour, elle a été invitée à participer à un petit groupe qui essayait d'aider les familles des disparus à rechercher leurs proches dans les nouveaux camps de prisonniers. Quand, après d'incroyables histoires, elle a pu aller visiter ces prisonniers, elle en est sortie avec les poches pleines de petits objets fabriqués avec les os de la soupe, des restes d'étoffe, de la mie de pain, des vieux journaux. Tout ce que ces hommes avaient pu récupérer, ils l'avaient utilisé. « Dans les situations limites, le travail avec les mains sauve et la dignité revient », explique Winnie. Par ce travail, les prisonniers cherchaient un moyen de subsistance pour leur famille.
 
Trouver le moyen de commercialiser cet artisanat

C'est ainsi que Winnie a trouvé sa voie. Difficile pourtant, en pleine dictature chilienne, de distribuer ou vendre ce « nouvel artisanat » né dans les prisons. Pourtant, en 1986, elle a fait la connaissance d'une française, membre d'Artisans du Monde. « Une petite lumière dans les ténèbres », comme elle dit. Les portes de la solidarité internationale se sont alors ouvertes. Winnie a appris à connaître le mouvement pour le commerce équitable. Lorsque les bénévoles d'Artisans du Monde lui ont assuré qu'en France on recevrait avec enthousiasme ces colombes en os, ces colliers en mie de pain, ces tapis faits avec des morceaux de tissus... elle n'y a pas cru. Pourtant, depuis plus de quinze ans, les produits artisanaux sont vendus dans les boutiques Artisans du Monde
 
Des artisans de plus en plus nombreux

Depuis cette date, le champ des bénéficiaires s'est élargi. Aujourd'hui, Winnie travaille avec les femmes des « poblaciones » (quartiers les plus pauvres), les jeunes sans travail, les handicapés. Toutes ces populations sont marginalisées et exclues de l'économie traditionnelle. Elle croit à une économie de solidarité qui permette à ces femmes et ces hommes de sortir de leur isolement et de trouver un projet qui soit à la fois personnel et collectif. Le travail de la fondation consiste à soutenir l'organisation de groupes autonomes, de petits ateliers où des Chiliens (en majorité des femmes) travaillent ensemble, en leur donnant les moyens d'être autonomes. Une coopération qui s'articule sur trois axes : travail, salaire, dignité. Pour ces femmes, cette coopération a marqué un véritable changement. Certains de leurs enfants vont à l'université, leurs conditions de vie et celles de leur famille se sont améliorées grâce à leur travail.
 
Une nouvelle relation entre les peuples

Depuis trente ans, Winnie, à travers la Fondation, travaille à être un pont. Un pont entre ceux qui n'ont que leurs mains pour s'en sortir dans la vie, et ceux qui, en France, en Europe, en Amérique, au Japon ou au Chili, font le choix d'une consommation différente. Ils achètent à un prix juste des produits de ceux qui sont exclus de la macroéconomie mondiale, mais qui, avec effort et dignité, se procurent eux-mêmes un travail et font agir, comme principal moteur, la solidarité, dans la production, la distribution, la consommation et l'accumulation. Un travail qu'elle souhaite poursuivre et développer. Ce qui fait avancer Winnie ? Ces quelques vers du poète chilien Pablo Neruda : « Ne souffre pas parce que nous gagnerons, Nous gagnerons nous autres, les plus simples, nous gagnerons. »
 
En savoir plus sur la Fédération Artisans du Monde :
http://www.artisansdumonde.org

Crédits photos : Artisans du Monde

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