Déborah Levy | |
Aziz Senni rêve de l'égalité des chances
Jeune entrepreneur âgé de 29 ans, Aziz Senni a grandi dans la cité du Val Fourré à Mantes-la-Jolie. Présenté comme « un modèle d'intégration réussie » par l'ensemble des médias, il préside aujourd'hui la Fédération des jeunes entrepreneurs de France. Auteur de « L'ascenseur social est en panne, j'ai pris l'escalier », dans lequel il raconte son histoire, il nous fait part de sa vision de l'égalité des chances en quelques mots.
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Aujourd'hui, on parle encore de « problème d'intégration » pour désigner une partie de la population française. Ça vous choque ?
Aziz Senni : Je ne veux pas vous faire un discours à la Martin Luther King : « J'ai rêvé, un jour, que l'on me considèrerait Français, rien que Français, sans me demander si je suis d'origine marocaine ou algérienne ». Que l'on parle d'« intégration » tout court, ça me choque, oui, parce qu'il y a un vrai problème d'intégration sociale dans notre société, mais pour tous les Français. Je préfère parler d'« intégration sociale ». Mais ces questions de vocabulaire importent peu, il faut agir. La République assure, dans sa Constitution, l'égalité de tous les citoyens. Aujourd'hui, il faut faire en sorte que cette égalité soit effective, et qu'elle ne s'affiche pas seulement dans les discours.
Aziz Senni : Je ne veux pas vous faire un discours à la Martin Luther King : « J'ai rêvé, un jour, que l'on me considèrerait Français, rien que Français, sans me demander si je suis d'origine marocaine ou algérienne ». Que l'on parle d'« intégration » tout court, ça me choque, oui, parce qu'il y a un vrai problème d'intégration sociale dans notre société, mais pour tous les Français. Je préfère parler d'« intégration sociale ». Mais ces questions de vocabulaire importent peu, il faut agir. La République assure, dans sa Constitution, l'égalité de tous les citoyens. Aujourd'hui, il faut faire en sorte que cette égalité soit effective, et qu'elle ne s'affiche pas seulement dans les discours.
L'ascenseur social est-il vraiment en panne ?
Aziz Senni : Pour beaucoup de jeunes, en effet, l'ascenseur social est en panne, et l'égalité des chances reste un mythe. L'école ne permet plus de trouver un emploi et de gravir les échelons de la société. Pierre Bourdieu parlait du « déterminisme social » : les fils d'ouvrier deviennent, pour la plupart d'entre eux, ouvriers, quand ils ne sont pas, du fait de la crise, Rmistes ou chômeurs. Il y a une reproduction des élites et des couches populaires. Cette « consanguinité sociale » peut créer de vrais problèmes. Notre classe politique ne comprend pas la colère des jeunes. Pour moi, c'est très clair : ils ont brûlé des voitures et ils manifestent pour réclamer leur place dans la société.
Aziz Senni : Pour beaucoup de jeunes, en effet, l'ascenseur social est en panne, et l'égalité des chances reste un mythe. L'école ne permet plus de trouver un emploi et de gravir les échelons de la société. Pierre Bourdieu parlait du « déterminisme social » : les fils d'ouvrier deviennent, pour la plupart d'entre eux, ouvriers, quand ils ne sont pas, du fait de la crise, Rmistes ou chômeurs. Il y a une reproduction des élites et des couches populaires. Cette « consanguinité sociale » peut créer de vrais problèmes. Notre classe politique ne comprend pas la colère des jeunes. Pour moi, c'est très clair : ils ont brûlé des voitures et ils manifestent pour réclamer leur place dans la société.
À défaut d'ascenseur, comment faire pour « prendre l'escalier », et se faire une place dans la société ?
Aziz Senni : Pour ma part, j'ai voulu très tôt passer à autre chose, sortir du Val Fourré et de cette vie où beaucoup de choses manquaient. Mais je me considère comme « une erreur statistique ». La norme, ce n'est pas moi : ce sont tous ces jeunes au chômage malgré leurs diplômes, ceux à qui l'école a menti en omettant de leur dire qu'ils auraient plus de mal à trouver du travail que d'autres Français. Pour que l'ascenseur social fonctionne, il faut régler le problème du chômage. L'égalité des chances sera assurée quand tout le monde aura du travail.
Aziz Senni : Pour ma part, j'ai voulu très tôt passer à autre chose, sortir du Val Fourré et de cette vie où beaucoup de choses manquaient. Mais je me considère comme « une erreur statistique ». La norme, ce n'est pas moi : ce sont tous ces jeunes au chômage malgré leurs diplômes, ceux à qui l'école a menti en omettant de leur dire qu'ils auraient plus de mal à trouver du travail que d'autres Français. Pour que l'ascenseur social fonctionne, il faut régler le problème du chômage. L'égalité des chances sera assurée quand tout le monde aura du travail.
Que pensez-vous de la loi pour l'égalité des chances ?
Aziz Senni : Je constate d'abord qu'il aura fallu que des milliers de voitures flambent pour décréter 2006 « année de l'égalité des chances ». La loi intervient après les violences urbaines et donc un peu tard. Elle ne soigne pas la « fracture sociale », mais se contente de poser un pansement dessus. Je pense toutefois que le cv anonyme est une très bonne initiative, même si cette mesure ne va pas bouleverser les statistiques de la discrimination. Pour moi, les recruteurs français ne sont pas tous des fascistes en puissance : ils pourront tout simplement dépasser leurs appréhensions inconscientes en rencontrant les candidats. Je trouve que la légalisation du testing constitue une avancée significative. En revanche, je suis très indigné par la disposition permettant aux maires de retirer les allocations aux parents dont les enfants se rendent coupable d'incivilités. Il faut, au contraire, créer des structures pour aider les parents en difficulté, leur redonner confiance.
Aziz Senni : Je constate d'abord qu'il aura fallu que des milliers de voitures flambent pour décréter 2006 « année de l'égalité des chances ». La loi intervient après les violences urbaines et donc un peu tard. Elle ne soigne pas la « fracture sociale », mais se contente de poser un pansement dessus. Je pense toutefois que le cv anonyme est une très bonne initiative, même si cette mesure ne va pas bouleverser les statistiques de la discrimination. Pour moi, les recruteurs français ne sont pas tous des fascistes en puissance : ils pourront tout simplement dépasser leurs appréhensions inconscientes en rencontrant les candidats. Je trouve que la légalisation du testing constitue une avancée significative. En revanche, je suis très indigné par la disposition permettant aux maires de retirer les allocations aux parents dont les enfants se rendent coupable d'incivilités. Il faut, au contraire, créer des structures pour aider les parents en difficulté, leur redonner confiance.
Que manque-t-il dans notre société pour que tous les Français aient les mêmes chances de réussite sociale ?
Aziz Senni : Je ne suis pas pour une discrimination positive ethnique, mais territoriale, car tous les Français souffrent dans les banlieues et dans les zones rurales. Les entreprises situées dans un rayon de dix kilomètres des « quartiers sensibles » devraient embaucher au moins 5% de leur personnel dans la zone. Je suis donc très favorable à l'extension des zones franches urbaines. Au-delà de cette mixité sociale, je pense qu'il faut assurer la représentativité de tous les Français dans les instances républicaines. J'aimerais que l'on nous laisse un peu, à nous, les jeunes, les commandes de cette société dans laquelle on a envie de vivre. En ce qui concerne l'éducation, il faut casser la carte scolaire et envoyer les meilleurs professeurs dans les écoles des quartiers sensibles. Le « dispositif Sciences Po », qui a permis à des élèves de banlieues d'intégrer un cursus élitiste, devrait être généralisé dans toutes les grandes écoles. C'est ça la République, c'est favoriser et aider les plus faibles.
Aziz Senni : Je ne suis pas pour une discrimination positive ethnique, mais territoriale, car tous les Français souffrent dans les banlieues et dans les zones rurales. Les entreprises situées dans un rayon de dix kilomètres des « quartiers sensibles » devraient embaucher au moins 5% de leur personnel dans la zone. Je suis donc très favorable à l'extension des zones franches urbaines. Au-delà de cette mixité sociale, je pense qu'il faut assurer la représentativité de tous les Français dans les instances républicaines. J'aimerais que l'on nous laisse un peu, à nous, les jeunes, les commandes de cette société dans laquelle on a envie de vivre. En ce qui concerne l'éducation, il faut casser la carte scolaire et envoyer les meilleurs professeurs dans les écoles des quartiers sensibles. Le « dispositif Sciences Po », qui a permis à des élèves de banlieues d'intégrer un cursus élitiste, devrait être généralisé dans toutes les grandes écoles. C'est ça la République, c'est favoriser et aider les plus faibles.
Un message pour ces jeunes ?
Aziz Senni : Il faut voter ! Tous les jeunes doivent s'exprimer par la voie de la citoyenneté. C'est la seule solution pour que les politiques s'intéressent à leurs problèmes. Pour finir, je citerais bien Bill Clinton « Il n'y a pas d'avenir positif pour ceux qui ne pensent pas positivement à l'avenir ». En d'autres termes, il faut garder l'espoir, même si le tableau est très noir. Ne vous interdisez pas de rêver !...
Aziz Senni : Il faut voter ! Tous les jeunes doivent s'exprimer par la voie de la citoyenneté. C'est la seule solution pour que les politiques s'intéressent à leurs problèmes. Pour finir, je citerais bien Bill Clinton « Il n'y a pas d'avenir positif pour ceux qui ne pensent pas positivement à l'avenir ». En d'autres termes, il faut garder l'espoir, même si le tableau est très noir. Ne vous interdisez pas de rêver !...
Le livre d'Aziz Senni « L'ascenseur social est en panne, j'ai pris l'escalier » est paru aux éditions L'Archipel. Les droits d'auteurs servent au financement de bourses au mérite pour les collégiens de Mantes la Jolie.
Crédit photos : Benjamin Horvais
Crédit photos : Benjamin Horvais
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