Olivier Malaponti

L'été de tous les dangers pour les sans-abri

En été, la vie tourne au ralenti et, pour les sans-abri, la saison des vacances est synonyme d'oubli. Pourtant, les problèmes médicaux, alimentaires, de logement demeurent, voire s'amplifient. Le point sur la situation.
L'été de tous les dangers pour les sans-abri
Les sans-abri en danger en été

« Croire que vivre dans la rue est plus difficile en hiver qu'en été est une idée fausse. C'est un fantasme ! » s'indigne Xavier Vendromme, directeur du département urgence à Emmaüs.
« Pendant l'été, la vie tourne au ralenti : les administrations, les démarches auprès des travailleurs sociaux, des municipalités. tout va moins vite », explique-t-il. Faute de bénévoles et de financements, beaucoup d'associations réduisent leur activité. « Les centres d'hébergement ferment et les prestations humanitaires et sociales existent moins, aussi les sans-abri se retrouvent-ils plus facilement en danger l'été », souligne Xavier Vendromme.
D'après les différents responsables associatifs, il y aurait autant, voire davantage, de décès de sans-abri en été qu'en hiver. « Nous avons des chiffres partiels ; ce que nous pouvons dire, c'est qu'il y a un pic au mois de juin et à l'automne », affirme Cécile Rocca, coordinatrice du Collectif des morts de la rue . « Nous l'expliquons par le fait que, en été, les centres d'hébergement ferment et que, à la fin de la saison, les sans-abri sont épuisés. Le manque de lien social en été et le désintérêt du public ont aussi une influence », conclut-elle
 
Des pathologies spécifiques

« L'été, on rencontre des personnes beaucoup plus cassées. Beaucoup présentent des troubles psychiatriques. Certaines sont très affaiblies physiquement : elles mangent très mal et sont dans un état assez déplorable », remarque Emmanuel Ollivier, chef de service à l'espace Solidarité Insertion Saint-Martin de l'Armée du Salut, à Paris.
« Les gens souffrent davantage de la chaleur que du froid, estime Xavier Vendromme. Les hôpitaux nous disent qu'il y a des morts dus aux chocs thermiques car les écarts de températures sont plus importants l'été. »
Déshydratation et brûlures dus au soleil, problèmes d'hygiène causés par la sudation : telles sont les autres pathologies auxquelles sont confrontés les sans-abri car les fontaines à eau se raréfient et certaines douches municipales sont closes ou en travaux. « Il y a des phénomènes de gale, de poux, de poux de corps, de morpions, renchérit Emmanuel Olivier. Les SDF marchent beaucoup et ont des problèmes aux pieds. Et nous n'avons plus du tout de dons de chaussures, de vêtements, alors que l'hygiène doit être plus importante. C'est comme si, en été, le public pensait que nos SDF ne s'habillaient pas ! »
 
« Davantage de gens souffrent de la faim »

« Beaucoup d'associations qui distribuent une aide alimentaire et des repas fonctionnent avec des bénévoles ; l'été, ils n'en ont pas assez, et leur activité s'arrête, pointe Emmanuel Ollivier. Beaucoup de salariés partent aussi en vacances. Donc on a du mal à orienter les personnes en détresse. Il y a aussi moins de colis alimentaires pour les familles et c'est plus difficile de trouver des couches ou du lait pour les enfants. »
Selon Xavier Vendromme, « il y a davantage de gens qui souffrent de la faim l'été. Dans certains lieux, nous multiplions nos distributions de repas par deux ». A La Chorba aussi, le nombre de repas distribués est doublé. Pour Khater Yenbou, cofondateur et directeur de La Chorba , les personnes sans-abri « ont moins de solutions à leurs problèmes. Ils vont vers les associations ouvertes à ce moment-là, et, automatiquement, il y a plus de queue, plus d'attente, plus de tensions. Comme beaucoup d'associations sont closes, nombreux sont ceux qui arrivent le soir sans avoir pris de repas à midi. Ils sont fatigués, énervés ». La Chorba et Les Restos du Cœur ont décidé de se relayer pendant leur période d'arrêt respective ( Les Restos du Cœur ferment au mois de juillet et La Chorba au mois d'août) de manière que les sans-abri bénéficient en permanence de repas.
 
Moins de lien social et de petits boulots

Pour Xavier Vendromme, le ralentissement de l'activité économique et de la vie de quartier à Paris a également une influence en termes de solidarité et de petits boulots. « Les sans-abri perdent leurs habitudes et leurs repères, moralement, c'est plus dur », remarque-t-il. Pour ce qui est du travail saisonnier, comme les cueillettes ou les vendanges, « ce n'est plus une possibilité d'emploi pour les personnes sans-abri, déplore-t-il. Maintenant, ce sont des équipes bien établies qui reviennent chaque année ».
 
Familles à la rue

Avec la fin de la trêve hivernale et la reprise des expulsions locatives dès le mois de mars, des familles et des personnes seules se retrouvent à la rue, contraintes de squatter, d'être hébergées chez des tiers, à l'hôtel, dans des foyers. « Actuellement, il y a un regain des expulsions locatives, note Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement. Nous nous attendons à ce que 4 000 à 5 000 familles soient expulsées manu militari dans le courant de l'été, dont une bonne moitié en région parisienne. [.] Nous demandons à ce qu'il n'y ait pas d'expulsion sans relogement : qu'on ne mette pas les gens à la rue ! Pour nous, l'essentiel, c'est qu'il faut produire des logements sociaux », conclut-il.
La Fondation Abbé-Pierre, dans son dixième rapport sur l'état du mal-logement, a formulé toute une série de propositions visant à endiguer la crise du logement. A l'occasion de ses cinquante ans, Emmaüs avait organisé a Paris une journée-rencontre autour du thème « La rue. à vie ? ». L'Abbé Pierre prit la parole : « La question de donner aux humains le logement est le début pour ensuite avoir un travail, la santé, aller à l'école. La priorité de la sortie de la détresse, c'est le logement. »

Crédits photos : Stéphane Lehr, Fondation Armée du Salut et DR/MDM

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