Véronique Mougin

Les professionnels s'engagent !

Pompiers, gynécos, secouristes, électriciens, architectes, pharmaciens… Depuis les années 70, des dizaines de corps de métier ont fondé leur ONG. Le credo de ces spécialistes ? Offrir gratuitement aux populations les plus fragiles, en France ou à l’étranger, ce qu’ils ont de meilleur : leurs savoirs-faires et leurs compétences professionnelles. Zoom sur ces associations de bienfaiteurs, qui, pour la plupart, se consacrent à l’humanitaire en dehors de leurs heures de travail…
Les professionnels s'engagent !
Les french doctors ont fait des émules

Une blouse blanche envoyée en zone de guerre ou sur une catastrophe naturelle ? C’est un Médecin Sans Frontières, bien sûr… Depuis 1971, l’ONG est aux côtés des victimes et fait des émules. Suite aux « french doctors » en effet, une armée de professionnels a voulu apporter sa pierre à l’aide au développement. Ainsi sont nés les Architectes Sans frontières en 1979, puis, plus tard, Hydraulique Sans Frontières, Pompiers Sans Frontières… Les Electriciens Sans Frontières, eux, se sont lancés en 1986. Hervé Gouyet, le président, raconte : « des salariés d’EDF se sont demandés comment apporter efficacement leur soutien aux pays pauvres ». Réponse : en faisant leur métier !

L'humanitaire à l'heure des pros

Aujourd’hui, bénévolement, plus de 800 électriciens mettent leur temps libre au service de la solidarité internationale. Offrir à des villageois africains un accès à l’énergie, c’est permettre aux instituteurs d’ouvrir l’école plus tard, aux adultes de développer une activité économique…, détaille Hervé Gouyet. Mais pour enclencher ce cercle vertueux, il faut des électriciens de métier ». En France aussi, la lutte contre la pauvreté passe désormais par la case « pros ». « On ne peut plus se contenter d’apporter aux démunis une soupe et un duvet, analyse Alexandre Farnault, membre de Droits d’Urgence, une association de juristes au service des plus précaires. Il faut se battre sur d’autres fronts : l’accès au logement, à la santé, aux droits sociaux… Ce genre de combat nécessite des spécialistes ».

Une ONG de pros, comment ça marche ?

Certaines associations salarient leurs équipes ou leur octroient un statut de volontaire indemnisé. Mais la plupart, faute de moyens, misent sur le bénévolat. « Nous demandons à nos bénévoles la même rigueur et les mêmes compétences que celles qu’ils utilisent dans leur activité professionnelle », précise Alexandre Farnault. Ceci dit, œuvrer dans l’humanitaire nécessite parfois un complément de formation. Ainsi, les membres d’Architectes Sans Frontières sont conviés à des séminaires sur la « conduite de projet » ou « l’inter-culturalité », histoire d’être parfaitement opérationnels sur le terrain…

En mission.

Bâtir un centre de soin au Soudan, apporter l’électricité dans un camp de réfugiés de la bande de Gaza, animer une formation au secourisme à Banda Aceh… Qu’ils soient architectes, électriciens ou pompiers, le « terrain » est un temps fort pour les professionnels français. De 15 jours à un mois : telle est, dans la plupart des cas, la durée moyenne d’une mission à l’étranger. Courte, forcément, pour se glisser dans l’agenda à la place des congés et des RTT ! Transport, logement, nourriture, assurance… : sur place, leurs frais sont pris en charge par leur ONG. « Nos architectes bénévoles apportent leurs compétences, certes, mais cela ne les autorise pas à travailler seuls dans leur coin, précise Serge Plisson, président d’Architectes Sans Frontières. L’intérêt est aussi de faire travailler des professionnels locaux afin de créer de l’activité et que nos projets perdurent une fois que nous serons rentrés en France ».

Un bon professionnel est-il forcément un bon humanitaire ?

Pas forcément. Les compétences professionnelles sont nécessaires, bien sûr, mais pas suffisantes. Capacité à travailler en équipe et polyvalence sont également requises. « Lors d’une mission, le bénévole est projeté hors de son train-train professionnel, souligne Christophe Godment, de Pompiers Sans Frontières. Il faut qu’il sache s’adapter à une culture différente et supporter l’imprévu. Pas question non plus de se réfugier derrière son professionnalisme ! La technicité n’est pas une fin en soi : on se doit également d’apporter un soutien moral aux populations démunies ». Autre qualité à posséder : la patience ! Car si en cas de crise, logisticiens et médecins « sans frontières » sont parfois amenés à se précipiter dans l’avion sous 24 heures, d’autres projets nécessitent des années de préparation. Exemple : une équipe d’Electriciens Sans Frontières (ESF) souhaite rénover le réseau basse-tension d’une petite ville de Guinée ? Il lui faudra trouver des partenaires locaux, convaincre les autorités, puis monter un dossier qui, en France, sera soumis à l’aval de la commission nationale d’ESF. Dernier challenge : collecter des fonds. Voilà qui prend du temps…

Motivés, motivés !

Alors qu’est-ce qui motive ces professionnels à s’engager, à leurs heures perdues, dans l’humanitaire ? « Avant tout la fibre solidaire, répond Serge Plisson, d’Architectes Sans Frontières. Et puis l’envie de voir du pays… ». Le besoin, également, de casser la routine professionnelle. « En mission à l’étranger, les équipes sont réduites, il y a moins de hiérarchie, donc plus de facilité pour prendre des initiatives, explique Halima Razkaoui, de Pharmaciens Sans Frontières. Négocier avec le Ministère de la Santé, gérer des équipes de 50 personnes… : quel pharmacien a, en France, la possibilité d’atteindre ce niveau de responsabilité et de développer ce genre d’expertise ?». Enrichir son CV : une raison de plus, s’il en fallait, pour tenter l’aventure humanitaire…

Crédits photos : Electriciens sans Frontières

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