Antoine Janbon | |
Le temps de s'écouter
En France, la médiation connaît un succès grandissant. Reconnue par le législateur et animée par des centaines d'associations, cette pratique, facultative, touche des domaines aussi divers que l'école, la famille ou les quartiers. Elle permet à des personnes en conflit d'apprendre à se comprendre en tenant compte de l'autre.
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Prendre le temps d'instaurer un dialogue
C'est une histoire tristement ordinaire. Une femme porte plainte contre son frère, qui vient de la battre. Saisi de l'affaire, le procureur propose une médiation pénale pour que tous deux discutent de cet acte devant une tierce personne impartiale. Le frère et la sœur étaient séparés depuis leur plus tendre enfance et se détestaient depuis toujours. Ils prennent le temps de s'écouter. " Ce temps passé ensemble leur a permis de se reconnaître et d'instaurer les bases d'un dialogue. Un procès a été évité ", raconte Jacqueline Morineau, médiatrice pénale à Paris. Comme elle, les médiateurs sont de plus en plus nombreux à tenter de faire émerger un terrain d'entente entre deux individus en conflit.
Prévention ou règlement des conflits
Cette pratique, née aux Etats-Unis, a vraiment explosé en France dans les années 1980. Michèle Guillaume-Hofnung, auteur d'un Que sais-je ? sur le sujet, la définit comme « un processus de création ou de recréation du lien social, de prévention ou de règlement des conflits, axé sur l'autonomie et la responsabilité des personnes concernées. » Dans ce cadre, un tiers impartial et sans pouvoir de trancher tente, de manière confidentielle, de favoriser la communication entre deux personnes.
Les nombreux domaines de la médiation sont aujourd'hui reconnus par le législateur. La médiation familiale est ainsi préconisée par la loi de mai 2004 sur le divorce. Celle-ci s'adresse principalement à des couples en train de se séparer mais concerne aussi des situations conflictuelles plus vastes. « Il peut s'agir de problèmes de succession, ou de difficultés que peuvent rencontrer des parents avec leur enfant », explique Clotilde Robert, médiatrice auprès de Céraf-médiation, l'une des 125 associations de médiation familiale reconnues en France.
Pour elle, la plupart des personnes, qui viennent de manière spontanée ou à la demande d'un juge, ont un profond besoin de reconnaissance. « Nous faisons en sorte qu'ils comprennent leurs blessures respectives pour dépasser le conflit et trouver ensemble les solutions les plus adaptées. Même en cas de divorce, un couple peut continuer à exercer ses responsabilités parentales en commun. »
80 % des dossiers suivis en médiation pénale aboutissent à un accord
En matière pénale, la médiation s'est largement développée grâce à une loi de 1993. En 2003, 40 000 dossiers ont été traités dans ce cadre, allant de simples dégradations matérielles à des coups et blessures volontaires. Selon la Chancellerie, environ 80 % des affaires ont débouché sur un accord. Mais, même en cas d'échec, la médiation tient ici une place fondamentale. « Elle permet à l'auteur de l'infraction de prendre la mesure de ses actes et à la victime d'être entendue dans sa douleur. En s'écoutant, les deux protagonistes d'une affaire préparent leur future reconstruction », explique Jacqueline Morineau.
Faire entendre sa voix
Pourtant, la médiation ne concerne pas uniquement le règlement des conflits. Elle peut aussi, et c'est le cas de la médiation sociale et culturelle animée par les « femmes-relais », jouer un rôle préventif et créer du lien social là où il n'y en a pas. « Dans certains quartiers difficiles, les gens vivent repliés. Ils ont des rapports très tendus avec l'administration. L'intervention d'un tiers comme les « femmes-relais » leur permet de faire entendre leur voix d'usager et donne l'occasion à des institutions comme l'école ou l'hôpital de mieux comprendre la diversité des publics qu'elles ont en charge », explique Bénédicte Madelin, directrice de Profession Banlieue, un centre de ressources sur le sujet.
Dans une société de plus en plus hétérogène, la médiation offre donc à des milliers d'individus l'occasion de réfléchir sur ce qui les sépare. Pour Dominique Lefeuvre, de l'Association pour la médiation familiale, « cette pratique permet aux "médiés" de trouver une place dans le conflit et dans son issue. Beaucoup me disent, après une médiation, qu'ils ne se sentaient pas capables de trouver un terrain d'entente. Nous sommes là pour leur faire découvrir des capacités qu'ils avaient oubliées ».
C'est une histoire tristement ordinaire. Une femme porte plainte contre son frère, qui vient de la battre. Saisi de l'affaire, le procureur propose une médiation pénale pour que tous deux discutent de cet acte devant une tierce personne impartiale. Le frère et la sœur étaient séparés depuis leur plus tendre enfance et se détestaient depuis toujours. Ils prennent le temps de s'écouter. " Ce temps passé ensemble leur a permis de se reconnaître et d'instaurer les bases d'un dialogue. Un procès a été évité ", raconte Jacqueline Morineau, médiatrice pénale à Paris. Comme elle, les médiateurs sont de plus en plus nombreux à tenter de faire émerger un terrain d'entente entre deux individus en conflit.
Prévention ou règlement des conflits
Cette pratique, née aux Etats-Unis, a vraiment explosé en France dans les années 1980. Michèle Guillaume-Hofnung, auteur d'un Que sais-je ? sur le sujet, la définit comme « un processus de création ou de recréation du lien social, de prévention ou de règlement des conflits, axé sur l'autonomie et la responsabilité des personnes concernées. » Dans ce cadre, un tiers impartial et sans pouvoir de trancher tente, de manière confidentielle, de favoriser la communication entre deux personnes.
Les nombreux domaines de la médiation sont aujourd'hui reconnus par le législateur. La médiation familiale est ainsi préconisée par la loi de mai 2004 sur le divorce. Celle-ci s'adresse principalement à des couples en train de se séparer mais concerne aussi des situations conflictuelles plus vastes. « Il peut s'agir de problèmes de succession, ou de difficultés que peuvent rencontrer des parents avec leur enfant », explique Clotilde Robert, médiatrice auprès de Céraf-médiation, l'une des 125 associations de médiation familiale reconnues en France.
Pour elle, la plupart des personnes, qui viennent de manière spontanée ou à la demande d'un juge, ont un profond besoin de reconnaissance. « Nous faisons en sorte qu'ils comprennent leurs blessures respectives pour dépasser le conflit et trouver ensemble les solutions les plus adaptées. Même en cas de divorce, un couple peut continuer à exercer ses responsabilités parentales en commun. »
80 % des dossiers suivis en médiation pénale aboutissent à un accord
En matière pénale, la médiation s'est largement développée grâce à une loi de 1993. En 2003, 40 000 dossiers ont été traités dans ce cadre, allant de simples dégradations matérielles à des coups et blessures volontaires. Selon la Chancellerie, environ 80 % des affaires ont débouché sur un accord. Mais, même en cas d'échec, la médiation tient ici une place fondamentale. « Elle permet à l'auteur de l'infraction de prendre la mesure de ses actes et à la victime d'être entendue dans sa douleur. En s'écoutant, les deux protagonistes d'une affaire préparent leur future reconstruction », explique Jacqueline Morineau.
Faire entendre sa voix
Pourtant, la médiation ne concerne pas uniquement le règlement des conflits. Elle peut aussi, et c'est le cas de la médiation sociale et culturelle animée par les « femmes-relais », jouer un rôle préventif et créer du lien social là où il n'y en a pas. « Dans certains quartiers difficiles, les gens vivent repliés. Ils ont des rapports très tendus avec l'administration. L'intervention d'un tiers comme les « femmes-relais » leur permet de faire entendre leur voix d'usager et donne l'occasion à des institutions comme l'école ou l'hôpital de mieux comprendre la diversité des publics qu'elles ont en charge », explique Bénédicte Madelin, directrice de Profession Banlieue, un centre de ressources sur le sujet.
Dans une société de plus en plus hétérogène, la médiation offre donc à des milliers d'individus l'occasion de réfléchir sur ce qui les sépare. Pour Dominique Lefeuvre, de l'Association pour la médiation familiale, « cette pratique permet aux "médiés" de trouver une place dans le conflit et dans son issue. Beaucoup me disent, après une médiation, qu'ils ne se sentaient pas capables de trouver un terrain d'entente. Nous sommes là pour leur faire découvrir des capacités qu'ils avaient oubliées ».
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