Olivier Malaponti

L'intergénération : un défi

La société française vieillit. L'arrivée prochaine à l'âge de la retraite de la génération du baby-boom et l'allongement de l'espérance de vie confirment cette tendance. Pour autant, une société qui vieillit n'est pas une société qui se meurt. C'est une société qui évolue. Redonner la parole et leur rôle de citoyen aux personnes âgées, exploiter au mieux leurs potentiels, favoriser le dialogue, la solidarité et le rétablissement du dialogue intergénérationnel : tels sont les défis que nous devons relever.
L'intergénération : un défi
« La cohésion des âges : une dimension importante de notre pacte social »

Avec près de 21 % de la population âgée de 60 ans et plus, la société française doit relever le défi du « mieux-vivre ensemble des âges ». Pour Mohammed Malki, directeur-fondateur d' Accordages et sociologue de formation, « la cohésion des âges devient une dimension importante de notre pacte social (.) Il faut sortir du jeunisme et de l'âgisme, qui sont des sources de frustration et de discrimination ».

Les personnes âgées : des compagnons de marche

Pendant longtemps, les actions intergénérationnelles étaient construites autour de la transmission vivante de la mémoire. « La question de la mémoire est devenue la tarte à la crème de l'intergénérationnel, ironise Mohammed Malki. Il ne faut pas réduire les personnes âgées à un stock de mémoire. Ce qui nous intéresse, c'est comment elles lisent le monde d'aujourd'hui. » Exploiter au mieux l'expérience, les connaissances et le potentiel de ceux que notre société, à tort, n'écoute pas, telles sont pour Vincent Cabanel, adjoint au secrétaire général des Petits frères des pauvres, les nouvelles pistes à explorer pour favoriser le dialogue entre les générations et la cohésion sociale : les personnes âgées sont des compagnons de marche, et elles peuvent nous dire quelque chose de fort sur le sens de la vie, les dysfonctionnements de notre société, apporter un point de vue, du bon sens.

Valoriser le rôle de transmission des personnes âgées

Au cabinet de Danièle Hoffman-Rispal, adjointe au maire de Paris chargée des personnes âgées, l'objectif est de permettre la création de projets qui s'inscrivent dans la durée, de créer de véritables liens pour valoriser le rôle de transmission des personnes âgées, leur redonner la parole, leur permettre de transmettre leur expérience aux plus jeunes. « Ce qui est intéressant dans l'intergénération, explique-t-elle, c'est la dimension réflexive : les plus jeunes aussi peuvent apporter aux personnes âgées. » Même analyse du côté de Vincent Cabanel : « Notre société doit voir le principe d'interdépendance entre les êtres : nos destinées sont liées. » Pour autant, « il ne faut pas croire qu'il suffit de faire se rencontrer des personnes d'âge différent et que, forcément, on va réussir à monter un projet, pointe Mohammed Malki. Il faut sortir de cette culture du charme de la rencontre ».

Favoriser le dialogue, la transmission du savoir-faire et la solidarité

Nombre d'associations et d'institutions qui œuvrent pour le « vivre-ensemble des âges » ont ainsi bien saisi qu'aujourd'hui les publics, les attentes, les besoins, les potentiels et les difficultés des personnes âgées ont changé. Il ne s'agit plus seulement d'occuper les personnes âgées, d'autant que le désir d'autonomie, le besoin de continuer à être actif, d'avoir des projets personnels, d'exercer sa citoyenneté, de se sentir utile à la société et d'avoir un rôle social, voire économique, sont des tendances culturelles fortes. La majorité des projets intergénérationnels ont un même but : permettre aux personnes âgées de rester actives et reconstruire un véritable dialogue entre les générations.
L'association L'outil en main, par exemple, met en relation des artisans à la retraite et des jeunes dans le cadre d'ateliers ludiques et éducatifs et favorise ainsi la transmission du savoir-faire et le dialogue entre les générations.
Dans le domaine de l'habitat intergénérationnel - une tendance nouvelle -, les associations font florès. Le PariSolidaire , Atout'âge ou Le temps pour toit proposent à des jeunes une chambre chez une personne âgée vivant seule, contre une présence, des services, voire une petite participation financière.
Autre phénomène nouveau : des maisons de retraite accoudées à des crèches ou à des haltes-garderies. L'idée est de mettre en commun des activités artistiques, de partager des goûters, des repas, comme à la maison de retraite Péan, dans le 13e arrondissement de Paris, ou à la résidence de l'Abbaye, à Saint-Maur-des-Fossés (94).
Des initiatives qui soulignent la nécessité de rompre l'isolement des personnes âgées et démontrent leur capacité à transmettre et à être utiles à la société. Des personnes âgées qui sont (encore) des citoyens à part entière et qui veulent rester en phase avec leur temps, continuer à être actifs et jouer un rôle social.

Crédit photos : Benjamin Horvais

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