Olivier Malaponti

La rue, et après ?

La rue tue, en été comme en hiver. On y meurt de froid, de faim, de déshydratation, de violences, de maladies, de l'alcool, de la drogue. Elle est dure, violente, dégradante. L'espérance moyenne de vie y est d'environ 45 ans. " L'intervention d'urgence relève de l'assistance à personne en danger ", souligne le rapport du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées. Actuellement, le niveau 2 du plan d'urgence hivernal a été déclenché et les associations sont à pied d'ouvre.
La rue, et après ?
Combien sont-ils ?

Comme chaque année, l'arrivée du froid fait que l'on s'intéresse un peu à leur sort. On les appelle les " grands exclus ", les " sans-abri ", les " sans-domicile-fixe ". En France, ils sont entre 90 000 et 100 000, selon l'Insee, à vivre dans la rue toute l'année. Au sein de cette population, certains sont plus à la marge que d'autres et ne demandent plus rien. Ils se cachent pour ne pas être repérés, et refusent d'être pris en charge par les équipes mobiles des associations.

Le dispositif d'urgence

Le 115, numéro national d'urgence gratuit pour les sans-abri, traite chaque année 1,2 millions d'appels et il est souvent saturé. Plus des deux tiers de ces appels concernent une demande d'hébergement. Sa mission consiste à informer, orienter et/ou héberger les personnes isolées ou en famille, sans domicile fixe.
Que ce soit l'Armée du Salut, le Secours catholique, le SAMU social ou d'autres associations, aucune n'a attendu la chute des températures pour se mobiliser, si ce n'est qu'elles ont renforcé leur dispositif d'aide aux sans-abri. Distribution de couvertures, de chaufferettes, de vêtements, de repas et de boissons chaudes, écoute, soins, maraudes, maraudes familles du SAMU social, accueil . L'arsenal d'urgence déployé par les associations est vaste. .asp

Qui sont les sans-abri ?

Toutes les associations s'inquiètent de trois tendances qui, d'année en année, prennent de l'ampleur : de plus en plus de jeunes, de femmes, et de familles monoparentales, la plupart du temps des femmes avec enfants vivent dans la rue. Les jeunes de 18 à 24 ans représentent un quart des appels du 115 et leur nombre s'est accru de 30 % en un an. .asp

Les " travailleurs pauvres "

Autre chiffre éloquent : 35 % des sans-domicile-fixe recensés en Ile-de-France exercent un emploi, selon un étude de l'Insee. Si certains sont en CDI, ils occupent la plupart du temps un emploi précaire (CDD, intérim, mi-temps, travail au noir.). « La précarité de l'emploi atteint de plus en plus les jeunes et, évidemment, les jeunes les moins formés. Les femmes qui sont seules à élever leur enfant ont tendance à être plutôt dans ce type d'emploi », explique Jean Yves Cado, responsable national du département « Lutte contre les grandes exclusions » du Secours catholique.

Les demandeurs d'asile

« Les demandeurs d'asile constituent une population qui a explosé ces cinq dernières années », note Albert Allouche, directeur d'un centre d'hébergement d'urgence (CHU) de l'Armée du Salut dans le 15e arrondissement de Paris. « Dans mon établissement, ils représentent environ un tiers des personnes accueillies », explique-t-il. Selon Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile, « 18 000 demandeurs d'asile sont dans des structures d'urgence ». A ceux-ci s'ajoutent les déboutés du droit d'asile et les sans-papiers qui vivent dans la rue, difficilement quantifiables, et auxquelles les associations tendent la main.

Des situations psychologiques alarmantes

« Nous sommes confrontés à ces problèmes et les équipes sont déboussolées. Il y a besoin d'envoyer les équipes se former à l'accueil de personnes présentant des troubles psychologiques ou psychiatriques », insiste Albert Allouche de l'Armée du Salut.
« Les gens passent de l'hôpital psychiatrique à la rue et, au bout d'un certain temps, ils se retrouvent très souvent en prison. Il y a une sorte de cercle vicieux pour tous ces gens qui sont en fragilité psychologique et, aujourd'hui, on peut dire que la prison et la rue sont presque les deux « plus grands » hôpitaux psychiatriques en France », s'indigne Jean-Yves Cado du Secours catholique.

Ceux qui ne demandent plus rien

« Certaines personnes vivent dans la rue ou dans l'urgence depuis 2, 3, 5 ou 10 ans ou plus. Elles considèrent qu'elles ont fait le tour du dispositif, que le système n'apportera aucune réponse », explique Albert Allouche. De ce fait, elles refusent d'être prises en charge. .asp

La crise de l'urgence

« Immédiate et inconditionnelle, l'intervention d'urgence sociale ne peut pas se limiter à la mise à l'abri, souligne le rapport du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées. [.] Elle se situe dans une perspective d'insertion. [.] Or, toute l'offre d'hébergement accessible aux sans-abri est constituée de structures de courtes durée. ». Ainsi, « les sans-abri passent donc en permanence de la rue à l'hébergement, de l'hébergement à la rue et d'une structure d'hébergement à une autre ». « Près de la moitié (46 %) des demandes d'hébergement ne sont pas satisfaites, faute d'offre suffisante » : cinglant constat auquel adhèrent l'ensemble des associations interrogées.

De l'urgence à l'insertion

« Nous avons besoin de temps. Nous avons besoin de centres d'hébergement, où les gens savent qu'ils peuvent se poser. Il faut donner le temps aux personnes », considère Albert Allouche.
Pour Jean-Yves Cado, du Secours catholique, le problème résulte du fait que « le logement social est inaccessible aux plus pauvres. Il y a une résistance d'un certain nombre de communes à ce qu'on installe des HLM ou des habitats sociaux. [.] Je suis en colère ! Je crois qu'il y a un constat global d'échec, politiquement et économiquement, par rapport à la pauvreté dans nos pays. Je trouve qu'on se moque profondément des plus pauvres, et ce n'est pas acceptable ! »

Crédits photos : L'Armée du Salut, Benjamin Horvais

Espace offert par Microsoft

Sondage

  1. A quel propos les parents ressentent-ils le plus de stress vis-à-vis de leurs enfants ?

Votez pour voir les résultats

Cliquez ici pour voir les réponses sans voter

  1. A quel propos les parents ressentent-ils le plus de stress vis-à-vis de leurs enfants ?
    1. La sécurité
      27%
    2. L'éducation
      24%
    3. La scolarité
      29%
    4. La santé
      20%
52160 réponses, Ceci n'est pas un sondage validé scientifiquement, résultats mis à jour toutes les minutes.
MSN Actions Solidaires, une initiative Microsoft Unlimited Potential