Par Stéphanie Senet | |
Le visage humain de l’économie solidaire
Des services pour les personnes handicapées, des loisirs pour les plus démunis, une insertion des chômeurs de longue durée, du commerce équitable avec des petits producteurs de pays en développement… Les acteurs de l’économie solidaire se sont donné comme priorité de remettre l’humain au cœur de l’activité économique, au détriment du profit.
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Un élan collectif
Coopératives, mutuelles, entreprises d'insertion, régies de quartier, associations d'utilité sociale… L'économie solidaire regroupe des acteurs différents mais tous partagent l'idée que la solidarité peut exister dans le champ de l'économie. Ils s'intéressent aux personnes généralement exclues du monde du travail, comme les chômeurs de longue durée. Ils créent des activités de proximité qui visent à réduire les exclusions, à aider les plus démunis, à promouvoir l'écologie. Enfin, ils intègrent les salariés dans leur fonctionnement. « L'enjeu actuel est de faire connaître l'économie solidaire auprès des jeunes » affirme Nicolas Froissard, directeur de communication du groupe SOS (10 associations et entreprises d'insertion). « Beaucoup de postes seront disponibles très bientôt et c'est un secteur attractif dans la mesure où il apporte une plus grande confiance aux jeunes que les entreprises classiques ». Selon le groupe, l'autre priorité est de poursuivre l'information sur ce secteur encore trop méconnu du grand public. « Lorsqu'on ouvre une structure d'hébergement pour les sans-abri, il y a parfois des lever de boucliers dans le voisinage. Mais au final, les gens changent d'avis et sont même contents de participer au projet parce qu'ils se rendent compte de son utilité ». Actuellement, de nombreux acteurs de l'économie solidaire sont tournés vers les services aux personnes mais on assiste au boom des activités liées à l'environnement, au développement durable et au commerce équitable. Fleuron du genre, Alter Mundi, ouvre une nouvelle boutique en France chaque mois. Ce réseau d'un genre nouveau distribue des produits de décoration, du mobilier, des vêtements, des accessoires, fabriqués par des petits producteurs du Sud, dans le respect des hommes et de la nature. Dans ses boutiques parisiennes, au statut d'entreprises d'insertion, on embauche des jeunes en difficultés, des bénéficiaires du RMI, des personnes handicapées…
Une nouvelle génération d'investisseurs
Pour permettre à ces acteurs d'exister, l'association Active finance et accompagne des projets solidaires depuis vingt ans. Edmond Maire, président de la Société d'investissement de France Active, note l'importante progression de ces entreprises. « Dans notre réseau, elles ont créé ou consolidé 2000 emplois en 2002 et 8000 en 2006. C'est quatre fois plus en l'espace de quatre ans ! Notre objectif est de poursuivre cette croissance, en visant 20 000 emplois par an dès 2010 ». Pour accompagner ce développement, le réseau se décentralise peu à peu au cœur des régions, pour aider les porteurs de projet au plus près de leurs activités, via des Fonds régionaux d'investissement solidaire. L'économie solidaire tire en effet l'une de ses forces de sa proximité avec ses bénéficiaires, des personnes démunies, handicapées, partageant des valeurs d'entraide, etc. « Nous finançons ces activités car elles n'intéressent ni l'Etat ni les investisseurs traditionnels » explique Edmond Maire. « Pourtant elles présentent un double intérêt. Elles emploient des personnes en difficultés et créent des activités réellement utiles socialement et économiquement ». Autant d'intérêts regroupés dans un Manifeste pour l'économie solidaire, rédigé à la fin de l'année 2005 par le collectif « S'investir » et toujours d'actualité. En dix points, ce texte veut rallier citoyens, salariés, étudiants, militants associatifs, collectivités publiques, entreprises, financiers, syndicats et Etat à sa cause : le nécessaire développement de l'économie solidaire en France.
Des épargnants solidaires
Aux côtés des investisseurs comme France Active, La Nef, l'Adie, ou Habitat et Humanisme, les petits épargnants peuvent aussi permettre à des projets d'utilité sociale de voir le jour. C'est précisément la démarche de l'association Finansol, qui fédère les acteurs des finances solidaires et a mis au point un label pour garantir la transparence de ce financement particulier. « L'épargne solidaire représentait 280 millions d'euros fin 2006. Un beau résultat si on le compare au chiffre d'affaires du commerce équitable qui était de 160 millions d'euros fin 2006 » analyse Guillaume Légaut, son directeur. En choisissant un produit d'épargne solidaire auprès de sa banque (Crédit Mutuel, Crédit Coopératif, Banque Populaire, etc.) ou d'un organisme spécialisé, chacun peut participer à ce projet économique fondé sur des valeurs humanistes. De plus en plus de grandes entreprises proposent également à leurs salariés ce type d'épargne. « 272 000 personnes ont préféré les placements solidaires à une épargne classique en 2006 » observe Guillaume Légaut. Un chiffre qui va sans doute s'envoler dans les années à venir puisque 59% des Français se déclarent prêts à souscrire un produit d'épargne solidaire, selon le sondage réalisé par Ipsos en juin dernier.
Crédit photos : France Active
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