Christelle Célarié

En parler à ses proches pour transmettre la vie

Alain Atinault est médecin à l'Agence de la biomédecine. Cet organisme public a pour principale mission de coordonner les prélèvements d'organes au niveau national, de gérer la liste nationale d'attente des receveurs, de répartir et attribuer les greffons. Malgré l'augmentation du don d'organes, de tissus et des greffes en 2005 en France, plus de 6800 personnes étaient toujours en attente d'un greffon en fin d'année. Explications.
En parler à ses proches pour transmettre la vie
Quelle est la situation de la France en matière de prélèvement et de don d'organes ?

Alain Atinault : Pour la première fois, en 2005, le nombre de donneurs a augmenté. On est passé de 1 291 donneurs en 2004 à 1 371 donneurs prélevés l'année dernière, soit une augmentation de 6.2%. Parallèlement à ce chiffre, le nombre de greffes a également progressé : 4 238 personnes ont reçu un greffon. C'est la première fois qu'on passe le cap des 4 000 greffes en France ! Ce sont de bons résultats pour les patients en attente, mais la pénurie persiste. En 2005, malgré les greffes réalisées, plus de 6 800 personnes attendaient encore un don d'organe en fin d'année. La majorité des malades en attente ont entre 45 et 50 ans. De nombreux donneurs ont entre 40 et 60 ans mais nous pouvons réaliser des prélèvements d'organes et de tissus sur des personnes jusqu'à 70-80 ans principalement pour les reins, le foie et les cornées.

La France a besoin de donneurs : comment peut-on devenir donneur ?

Alain Atinault : En France, toute personne est un donneur présumé. En cas de mort brutale (accident de circulation, accident vasculaire cérébral), si la personne majeure, en état de mort encéphalique, n'est pas inscrite sur le registre national des refus, les équipes de coordination hospitalières vont à la rencontre des proches de la personne défunte pour s'entretenir avec elle sur le don d'organes et de tissus. Si le défunt porte une carte de donneur sur lui ou s'il a fait part de sa décision à ses proches, le dialogue entre l'équipe médicale et l'entourage sera plus aisé. Ce qui est important c'est de faire part de sa décision et de sa position sur les dons d'organe à ses proches : parents, amis...

Justement, c'est souvent difficile de parler de sa propre mort à ses proches : comment aborder ce sujet ?

Alain Atinault : Je crois que certaines occasions peuvent y aider. La diffusion d'un reportage sur le don d'organe à la télé ou dans la presse peut être un moyen d'aborder la discussion avec ses proches et de faire part de sa volonté de donner.
Montrer sa carte de donneur à son entourage et en discuter est un autre moyen de faire part de sa décision. Imaginez que des proches découvrent que leur défunt avait sur lui sa carte de donneur. cela peut être bouleversant pour ses proches de découvrir que leur fils, leur fille ou leur père souhaitait donner ses organes, mais ne leur en avait jamais parlé. Le prélèvement d'organes et de tissus est réalisé dans le respect des volontés de la personne défunt au bloc opératoire par des chirurgiens expérimentés. Le corps du défunt est ensuite confié aux proches pour qu'ils organisent les funérailles. En parler simplement avant, libère les proches et transmet la vie.

Comment sensibiliser les Français au don d'organe ?

Alain Atinault : Je pourrais leur parler, entre autres, de la souffrance des personnes dialysées en atteinte d'un rein, leur dire aussi que la population vieillit et qu'on va avoir de plus en plus besoin de reins car il va y avoir de plus en plus d'insuffisants rénaux dans les prochaines années, que les premiers greffons opérés il y a quinze, vingt ans arrivent en fin de fonctionnalité et devront être remplacés par de nouveaux organes. Mais j'ai simplement envie de leur expliquer que la greffe est une thérapeutique efficace qui permet d'améliorer la qualité de vie mais surtout pour certaines greffes de prolonger la vie de patients menacés ; qu'on peut être donneur au-delà de 60 ans (on a greffé un foie sain d'une femme de 80 ans) et que donner ses organes et ses tissus permet de sauver des vies.

Crédits photos : Benjamin Horvais
Janvier 2008 - Christelle Célarié

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