Antoine Janbon | |
La rue comme seul horizon
La rue est cruelle. L'hiver vient chaque année nous le rappeler. Signe de la précarisation grandissante de notre société, de plus en plus de personnes se retrouvent à la rue, sans avenir, avec pour seuls horizons la survie et le froid. Un phénomène que les pouvoirs publics tardent à affronter de manière durable.
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Qui sont ils ?
Les années se suivent et se ressemblent. Chaque hiver, dès que le thermomètre descend à des températures proches de 0 °C, les projecteurs se braquent invariablement sur ce qu'on appelle les « sans-abri ». Les premiers morts de froid viennent nous rappeler que la rue est assassine. Selon l'INSEE, ils seraient entre 90 000 et 100 000 à vivre dehors tout au long de l'année. Tous ont en commun une profonde détresse sociale. Ils payent au prix fort les échecs d'une société de plus en plus impitoyable avec les plus faibles. Ainsi des profils nouveaux apparaissent depuis deux ans. « La moitié des gens qui viennent nous voir sont différents d'une année à l'autre », explique Olivier Berthe, le président des Restos du cœur, qui ont démarré leur 21 e campagne le lundi 5 décembre. « Parmi eux, il y a aujourd'hui des mamans qui se retrouvent seules avec leurs enfants à la suite d'une rupture familiale, des jeunes de moins de 26 ans qui ne peuvent pas encore accéder au RMI ou même des personnes âgées isolées dont les retraites ne suffisent plus pour survivre. »
Autre signe d'appauvrissement général de la population : plus d'un tiers des sans-domicile ont un emploi, affirme l'INSEE en 2003. Ces derniers ne peuvent joindre les deux bouts malgré leur travail, ils n'ont plus les moyens de s'offrir un toit, et se retrouvent à la rue.
Le dispositif d'urgence
Dans ce contexte, les plans d'urgence se multiplient. Un nouveau dispositif hivernal « Plan hiver 2005-2006 » a été présenté le 2 novembre par le gouvernement pour faire face à la baisse de la température. Jusqu'au 31 mars 2006, il prévoit plus de 90 000 places d'hébergement au niveau national, soit 1 000 places de plus que l'année dernière. Le niveau 2 du plan hiver a été activé le 28 novembre. Il libère des places supplémentaires d'hébergement et organise le renforcement des équipes de secours dans 42 départements. Les associations, comme le Secours catholique, le Secours populaire et l'Armée du salut, sont sur le pied de guerre. Les distributions de couvertures et de repas chauds se multiplient. Les maraudes du Samu social vont bon train et les centres d'hébergement tournent à plein.
Une demande toujours en expansion
Pourtant la demande reste énorme. Le 115 - numéro national d'urgence gratuit pour les sans-abri - traite plus de 1,2 millions de cas chaque année. Plus du deux tiers des appels concernent des demandes d'hébergement. Mais ce numéro est le plus souvent saturé et les places continuent à manquer cruellement. De plus, les accueils en centre d'hébergement se limitent à quelques jours au plus. Pour les sans-abri, trouver une place est un véritable parcours du combattant. Las de ce système qui les balade de centre en centre, certains s'installent dans la rue. Une tendance que confirme Graciella Robert, responsable de la mission sans domicile fixe Paris pour Médecins du monde : « Les publics que nous prenons en charge souffrent évidemment du froid, du manque d'hygiène, des ravages de l'alcool, mais leur plus grande douleur reste l'extrême précarité de leur situation. Ils ne savent pas où ils dormiront d'une nuit à l'autre ou dans quel centre ils vont se retrouver. Alors certains préfèrent baisser les bras en s'isolant totalement pour éviter notre regard. Ils s'aménagent une nouvelle vie dans une forêt aux environs de Paris ou dans un local de vide-ordures. Bref, ils deviennent invisibles. »
Une amertume partagée
Autre signe inquiétant de cette extrême précarité : la présence massive de personnes victimes de troubles mentaux. Selon certaines associations, ce phénomène résulte directement de la suppression de nombreux lits au sein des hôpitaux psychiatriques. Un phénomène que les professionnels ont de plus en plus de mal à gérer. « Nous ne sommes pas formés pour prendre en charge ces personnes, surtout pour ce qui est des individus dangereux », souligne Graciella Robert.
Dans ce contexte, un vrai sentiment d'amertume envahit beaucoup de ceux qui luttent aux côtés des plus démunis. « Qu'est-ce qu'on peut leur proposer ? Un café ? Un sandwich ? Trois jours d'hébergement ? Mais après ? Il y a déjà huit morts, et la période la plus difficile n'est pas encore commencée. C'est insupportable », lance la responsable de la mission sans domicile fixe Paris pour Médecins du monde. Pour Olivier Berthe, rien ne changera tant que les pouvoirs publics refuseront d'affronter le problème en face : « Il faut instaurer une politique de logement durable et inscrire ces personnes dans un vrai projet d'insertion. » Patricia Le Corvic, coordinatrice d'une permanence mobile pour le Secours populaire à Reims va plus loin : « Il faut à tout prix agir pour que les personnes évitent de se retrouver à la rue. On laisse trop de gens s'exclure en silence et on s'étonne de les retrouver tout au bout de la chaîne. Leur échec, c'est l'échec de toute la société. »
Crédit photos : DR / Secours Populaire français / L. Pennec
Les années se suivent et se ressemblent. Chaque hiver, dès que le thermomètre descend à des températures proches de 0 °C, les projecteurs se braquent invariablement sur ce qu'on appelle les « sans-abri ». Les premiers morts de froid viennent nous rappeler que la rue est assassine. Selon l'INSEE, ils seraient entre 90 000 et 100 000 à vivre dehors tout au long de l'année. Tous ont en commun une profonde détresse sociale. Ils payent au prix fort les échecs d'une société de plus en plus impitoyable avec les plus faibles. Ainsi des profils nouveaux apparaissent depuis deux ans. « La moitié des gens qui viennent nous voir sont différents d'une année à l'autre », explique Olivier Berthe, le président des Restos du cœur, qui ont démarré leur 21 e campagne le lundi 5 décembre. « Parmi eux, il y a aujourd'hui des mamans qui se retrouvent seules avec leurs enfants à la suite d'une rupture familiale, des jeunes de moins de 26 ans qui ne peuvent pas encore accéder au RMI ou même des personnes âgées isolées dont les retraites ne suffisent plus pour survivre. »
Autre signe d'appauvrissement général de la population : plus d'un tiers des sans-domicile ont un emploi, affirme l'INSEE en 2003. Ces derniers ne peuvent joindre les deux bouts malgré leur travail, ils n'ont plus les moyens de s'offrir un toit, et se retrouvent à la rue.
Le dispositif d'urgence
Dans ce contexte, les plans d'urgence se multiplient. Un nouveau dispositif hivernal « Plan hiver 2005-2006 » a été présenté le 2 novembre par le gouvernement pour faire face à la baisse de la température. Jusqu'au 31 mars 2006, il prévoit plus de 90 000 places d'hébergement au niveau national, soit 1 000 places de plus que l'année dernière. Le niveau 2 du plan hiver a été activé le 28 novembre. Il libère des places supplémentaires d'hébergement et organise le renforcement des équipes de secours dans 42 départements. Les associations, comme le Secours catholique, le Secours populaire et l'Armée du salut, sont sur le pied de guerre. Les distributions de couvertures et de repas chauds se multiplient. Les maraudes du Samu social vont bon train et les centres d'hébergement tournent à plein.
Une demande toujours en expansion
Pourtant la demande reste énorme. Le 115 - numéro national d'urgence gratuit pour les sans-abri - traite plus de 1,2 millions de cas chaque année. Plus du deux tiers des appels concernent des demandes d'hébergement. Mais ce numéro est le plus souvent saturé et les places continuent à manquer cruellement. De plus, les accueils en centre d'hébergement se limitent à quelques jours au plus. Pour les sans-abri, trouver une place est un véritable parcours du combattant. Las de ce système qui les balade de centre en centre, certains s'installent dans la rue. Une tendance que confirme Graciella Robert, responsable de la mission sans domicile fixe Paris pour Médecins du monde : « Les publics que nous prenons en charge souffrent évidemment du froid, du manque d'hygiène, des ravages de l'alcool, mais leur plus grande douleur reste l'extrême précarité de leur situation. Ils ne savent pas où ils dormiront d'une nuit à l'autre ou dans quel centre ils vont se retrouver. Alors certains préfèrent baisser les bras en s'isolant totalement pour éviter notre regard. Ils s'aménagent une nouvelle vie dans une forêt aux environs de Paris ou dans un local de vide-ordures. Bref, ils deviennent invisibles. »
Une amertume partagée
Autre signe inquiétant de cette extrême précarité : la présence massive de personnes victimes de troubles mentaux. Selon certaines associations, ce phénomène résulte directement de la suppression de nombreux lits au sein des hôpitaux psychiatriques. Un phénomène que les professionnels ont de plus en plus de mal à gérer. « Nous ne sommes pas formés pour prendre en charge ces personnes, surtout pour ce qui est des individus dangereux », souligne Graciella Robert.
Dans ce contexte, un vrai sentiment d'amertume envahit beaucoup de ceux qui luttent aux côtés des plus démunis. « Qu'est-ce qu'on peut leur proposer ? Un café ? Un sandwich ? Trois jours d'hébergement ? Mais après ? Il y a déjà huit morts, et la période la plus difficile n'est pas encore commencée. C'est insupportable », lance la responsable de la mission sans domicile fixe Paris pour Médecins du monde. Pour Olivier Berthe, rien ne changera tant que les pouvoirs publics refuseront d'affronter le problème en face : « Il faut instaurer une politique de logement durable et inscrire ces personnes dans un vrai projet d'insertion. » Patricia Le Corvic, coordinatrice d'une permanence mobile pour le Secours populaire à Reims va plus loin : « Il faut à tout prix agir pour que les personnes évitent de se retrouver à la rue. On laisse trop de gens s'exclure en silence et on s'étonne de les retrouver tout au bout de la chaîne. Leur échec, c'est l'échec de toute la société. »
Crédit photos : DR / Secours Populaire français / L. Pennec
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