Violaine de Marsangy

L'état de la maltraitance en France

L'enfance maltraitée est une situation inacceptable. Malgré de nouvelles loi et le travail de soutien aux victimes et de prévention des associations, 89 000 enfants ont été signalés en danger dans notre pays en 2003. Le point sur la situation en France.
L'état de la maltraitance en France
Qu'est-ce que la maltraitance ?

Un enfant est maltraité, selon l'ODAS, l'Observatoire national de l'Action sociale décentralisée, dès lors qu'il subit des agressions physiques, sexuelles ou psychologiques ou lorsqu'il est victime de négligences graves. Mais pour Martine Brousse, directrice de La Voix de l'Enfant , la maltraitance va beaucoup plus loin car elle est souvent invisible. « Les coups se voient, la maltraitance physique est détectable. Mais mettre son enfant en permanence devant la télévision, ne pas lui donner le temps de l'enfance, la possibilité de rêver, c'est aussi une forme de maltraitance », explique-t-elle. Bien que les chiffres recueillis par l'ODAS soient incomplets car ils ne prennent en compte que les cas signalés, ils donnent néanmoins un aperçu de ce fléau qui touche toute la France. Depuis 1998, les violences physiques tendent à diminuer. Le nombre d'abus sexuels, qui n'avait cessé de grimper, recule. Il était encore, en 2002, la première forme de maltraitance des enfants. Ces avancées seraient le résultat des campagnes de sensibilisation menées notamment par les associations. En revanche, les violences psychologiques et les négligences lourdes gagnent du terrain.
 
D'où vient la maltraitance enfantine ?

La famille est source de danger. Les facteurs de risques de maltraitance des enfants seraient nombreux : les carences éducatives des parents, les conflits de couples ou la précarité économique. Pour Martine Brousse, ce ne sont que des clichés. « Bien sûr, les problèmes économiques et sociaux peuvent entraîner des éléments qui renforcent la maltraitance, comme l'alcoolisme ou la dépression. Mais la maltraitance touche tous les milieux », souligne-t-elle. « Nous sommes tous complices d'un système qui fait passer les produits de consommation avant la protection de l'enfance », condamne la directrice de La Voix de l'Enfant<
 
Quelles conséquences pour un enfant ?

Un enfant maltraité souffrira en premier lieu de difficultés scolaires. Sa santé, physique et psychologique, sera mise à rude épreuve. Certains, comme les bébés secoués, peuvent même devenir grabataires. En France, chaque année, entre 300 et 500 enfants perdent tragiquement la vie à la suite de mauvais traitements. L'enfant maltraité, une fois adulte, reproduit-il le même modèle ? « Il n'y a pas de répétition si les personnes maltraitées ont été aidées », estime Martine Brousse. Une ancienne victime, aidée par L'Enfant bleu, confirme ces propos : « Je veux armer mes enfants et leur faire comprendre qu'ils sont maîtres de leur destin et que rien ni personne ne doit les faire renoncer à leurs rêves, que jamais ils ne doivent faire une chose qui leur paraît mauvaise. Je peux et je veux dire au monde qu'un enfant maltraité ne sera pas forcément un adulte maltraitant. »
 
Quelle prise en charge ?

La prise en charge par les pouvoirs publics se décline sous plusieurs formes : la protection administrative, la protection judiciaire et, enfin, le placement de l'enfant en établissement ou en famille d'accueil. Deux lois capitales encadrent ce dispositif : la loi du 10 juillet 1989, relative à la prévention des mauvais traitements à l'égard des mineurs et à la protection de l'enfance, et celle du 17 juin 1998, relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu'à la protection des mineurs. La première a pour objectif de coordonner les actions des différents intervenants, de faciliter le processus de déclenchement des mesures de protection par la création de « Allô Enfance Maltraitée », numéro téléphonique national (0800 05 41 41 ou 119) et de favoriser l'exercice des poursuites par les victimes. La seconde est novatrice en ce sens où elle prend en compte la victime mais aussi l'agresseur. Elle comporte en effet deux volets : le suivi socio-judiciaire des délinquants sexuels et le renforcement de la défense et de la protection des victimes.
 
Comment les associations interviennent-elles ?

Fortement impliquées dans la mise en place de ces lois, les associations viennent compléter le dispositif. Elles interviennent dans la prévention des maltraitances mais aussi dans la prise en charge des victimes. En 1988, Enfance et Partage avait déjà créé le premier numéro vert en France destiné au signalement de mineurs victimes de violences physiques ou sexuelles (0800 05 1 2 3 4). Aujourd'hui, l'association reçoit plus d'une centaine d'appels par jour et répond en donnant des conseils psychologiques et juridiques. L'Enfant bleu, depuis dix ans, soutient les enfants victimes et leurs familles tout au long des procédures judiciaires grâce à des suivis thérapeutiques (thérapie individuelle ou ateliers). L'association vient également en aide aux adultes ayant été maltraités dans leur enfance afin d'éviter toute répétition.
 
L'aide aux enfants

L'aide psychologique aux enfants peut prendre des formes tout à fait originales comme la médiation du cheval ou du dauphin. La thérapie avec le cheval est une thérapie corporelle proposée aux enfants victimes de sévices sexuels. « L'enfant y fait l'expérience d'une relation saine, sans ambiguïté sur le plan de la sexualité puisque le principal contact corporel s'établit avec le cheval, sur le mode de l'attachement », explique Isabelle Jacquelin, psychologue. Enfin, toutes ces associations, aidées par des avocats, se constituent régulièrement partie civile au côté des familles et des victimes
 
Une note d'espoir

Le témoignage d'une ancienne victime soutenue par L'Enfant bleu est la meilleure illustration de ce travail mené par les associations : « Je suis heureuse, même si je fais encore des cauchemars, même si je sais que rien ni personne n'effacera tout le malheur. Je peux dire qu'aujourd'hui je peux me regarder dans le miroir sans avoir honte, sans vouloir me cacher des autres. »

Crédits photos : L'Enfant bleu, La Voix de l'enfant

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