Olivier Malaponti

Le jeu comme thérapie ? L'avis d'une spécialiste

Sur les différents terrains de conflits, Enfants réfugiés du Monde ouvre pour le bien-être physique et psychologique des enfants. Au centre de son action : le jeu. Explications avec Isabelle de Reynal, coordinatrice du secteur psychopédagogique.
Le jeu comme thérapie ? L'avis d'une spécialiste
Dans quelle mesure le jeu est-il réparateur pour des enfants qui ont vécu des situations de conflit ?

Les situations de conflits, d'exil, de refuge n'ont pas de sens pour un enfant. Pour pouvoir se construire en dépit de ces images traumatisantes, il faut qu'il puisse trouver des explications, à son niveau. L'idée de donner du jeu aux enfants, c'est de leur permettre de trouver eux-mêmes explications et interprétations. L'important, c'est qu'ils arrivent à rejouer certaines scènes pour y trouver un sens. Il faut leur donner, malgré leurs expériences traumatisantes, une expérience positive qui leur permette de se construire. L'accès à l'imagination, un espace pour créer, imaginer, se projeter, c'est très important pour ces enfants. Lorsqu'il y a une rupture brutale dans leur vie, tous les repères explosent, et naît alors une angoisse par rapport à l'avenir. Le jeu est vital pour l'enfant. Il est indispensable au développement, à la stabilité personnelle. C'est dans le jeu qu'il se construit socialement, intellectuellement. C'est un outil de développement affectif, et c'est ce qui nous intéresse avant tout.
 
Mais c'est aussi un moyen pour vous de déceler les problèmes auxquels sont confrontés les enfants ?

Bien sûr ! Le rôle d'un animateur dans un espace de jeu libre, c'est bien l'observation. C'est un lieu idéal, car l'enfant ne se cache pas. Il s'exprime et le jeu devient sa parole. Si l'animateur voit que l'enfant joue, par exemple, sans cesse la même scène de violence avec sa poupée, avec les autres enfants. ça signifie qu'il ne parvient pas, seul, à dépasser ses blocages. De ce fait, il a besoin d'une aide supplémentaire. Nous travaillons avec des psychologues : quand certains enfants, au sein du dispositif de jeu, manifestent des troubles importants, alors nous les orientons vers d'autres structures qui proposent des thérapies individuelles.
 
 
Avez vous des exemples d'enfants traumatisés par la guerre et qui ont réussi, grâce au jeu, à dépasser leurs problèmes ?

Dans beaucoup de nos centres, nous sommes souvent confrontés à des enfants hyper-actifs, sur-expressifs, qui ont du mal à se concentrer et se montrent incapables de se projeter et de s'inscrire dans un scénario. Le dispositif de jeu mis en place a un impact très fort sur ces problèmes. Proposer, par exemple, un puzzle facile à un enfant hyper-actif, c'est lui permettre de réussir rapidement. Fort de ce succès, il va, petit à petit, augmenter son temps de concentration. D'autres enfants, au contraire, sont prostrés. Chez eux, on note des effets de socialisation progressive : ils apprennent à ne pas craindre l'autre, à ne plus avoir peur de l'adulte. L'attitude de celui-ci est essentielle dans le dispositif de jeu. Il doit savoir se positionner sans interférer, et être un cadre structurant pour l'enfant.
 
Agir pour les enfants réfugiés :
http://www.enfantsrefugiesdumonde.org

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