Christelle Célarié

Surfer sur un Internet plus sûr !

Surfer sur Internet n'est pas toujours sans danger pour les enfants et les adolescents. Pour faire face aux risques, la conférence « Enfance en ligne », dédiée à  la protection des enfants dans l'univers numérique, se tiendra le 29 septembre à  Lille. Les premières pistes techniques existent, mais il reste encore un long chemin à  parcourir...
Surfer sur un Internet plus sûr !
Aujourd'hui, 83% des jeunes âgés entre 8 et 18 ans surfent seuls sur Internet, selon une enquête menée auprès de familles, par le ministère de la Famille. Fenêtre ouverte sur le monde, source d'informations inestimable, Internet permet d'accéder au meilleur comme au pire : photos et vidéos pedopornographiques, messages racistes, à caractère sexuel, contacts avec des pédophiles, etc. Il ne s'agit pas pour autant de diaboliser le net. Tout comme on apprend aux enfants à faire du vélo ou comme on les met en garde sur les rencontres qu'ils peuvent faire dans la rue, il faut leur apprendre à naviguer dans cette jungle et à rester vigilants. Si ces rôles sont dévolus aux parents et aux enseignants, l'Etat, les industriels et le monde associatif ont eux aussi des actions à mener.
 
Mobilisation des institutions

Dès 2002, à la demande du ministre de la Justice de l'époque, Claire Brisset, alors Défenseur des enfants avait remis un rapport qui démontrait l'importance de la régulation d'Internet et qui proposait même de mettre en place un contrôle pour le Web ; proposition non retenue à l'époque.
En 2005, la protection de l'enfance et usages de l'Internet étaient au cœur des débats de la conférence de la Famille. Le Rapport Thoraval, publié six mois avant la conférence, définissait des axes majeurs d'actions : la sensibilisation du public, des parents et des enfants ; la sécurisation de la navigation de l'enfant sur le net ; la pérennisation de la protection de l'enfant sur ce média. Entre autres propositions, il soulignait l'importance de la mise à disposition par les fournisseurs d'accès à Internet et les opérateurs de téléphonie mobile, d'un système de filtrage parental.
 
Logiciels de filtrage et jeu en ligne

Depuis le 1 er avril 2006, les fournisseurs d'accès, membres de l'Association française des fournisseurs d'accès (AFA) proposent systématiquement à tous leurs clients (nouveaux et anciens) un logiciel de contrôle parental gratuit. Selon le logiciel, les parents peuvent autoriser un nombre limité de sites, (« listes blanches ») ou interdire l'accès à un ensemble de sites interdits : les « listes noires ». L'association Action Innocence qui lutte contre la pédophilie propose d'ailleurs, sur le site Filtra l'étude comparative de 29 logiciels de filtrage.
Pour Françoise Mougin de la Fédération des conseils de parents d'élèves, (FCPE), les solutions techniques c'est « mieux que rien ; le système de filtrage est un premier garde fou mais ce n'est pas suffisant ». La technologie ne doit pas remplacer le rôle éducatif des parents.
Pour accompagner les parents et sensibiliser les adolescents aux dangers d'Internet, Microsoft a lancé un jeu, disponible en ligne, qui dévoile tous les pièges du Web. Enfants et parents peuvent naviguer sur Décode le Web et se rendre compte, par exemple, que lorsqu'un ado chatte sur Internet, il peut entrer en contact avec « des amis de ses amis qui ne sont pas forcément ses amis ». Tout le contenu a été co-écrit par E Enfance, une association qui a pour vocation de sensibiliser le grand public (parents et jeunes) aux pièges du Web.
 
Le rôle des parents

La sensibilisation des parents et des enfants est le leitmotiv de nombreuses autres associations. Action Innocence distribue un guide aux parents dans lequel les dangers du Web sont décryptés. L'association organise aussi des sessions d'information et de prévention auprès des enfants et des adolescents pour leur expliquer et leur apprendre à déjouer ces pièges.
De son côté, le Forum des droits sur l'Internet diffuse entre autres des « outils pédagogiques à destination des parents, accessibles en ligne et en version papier », explique Isabelle Falque-Pierrotin, sa présidente. « On est parents dans le monde virtuel comme dans le monde réel, poursuit-elle. Ce n'est pas parce que tous les parents n'ont pas la maîtrise de cet outil, qu'ils n'ont pas leur rôle à jouer. S'il y a une chose que ne pourront jamais apporter les solutions techniques, c'est l'esprit critique des parents. » Point de vue partagé par Béatrice Barraud de l'Association des parents d'élèves de l'enseignement libre, UNAPEL qui souligne : « pour pallier le décalage qui se creuse entre l'évolution des technologies et les parents, nous accompagnons ces derniers au travers de sessions d'informations sur ce sujet. Les parents doivent éduquer leurs enfants et pas seulement contrôler ce qu'ils font ». Pour Christian Gautelier du Collectif InterAssociatif Enfance et Médias, CIEM, « la sensibilisation et la prévention auprès des parents est indispensable », certains d'entre eux sont rassurés de voir leurs enfants devant un écran plutôt que de les voir dans la rue et ne sont pas assez méfiants.
« On peut dire aux parents de prendre des précautions très simples, précise Claire Brisset, comme leur rappeler qu'il faut éviter que les enfants disposent d'un ordinateur dans leur chambre afin de pouvoir mieux les accompagner dans leur usage (32% des enfants surfent dans un lieu isolé selon le ministère de la Famille), le surf doit être une activité partagée en famille et non pas une activité solitaire. » En installant le PC dans le salon, les parents peuvent garder un oeil sur l'écran, discuter avec leurs enfants d'un site et même leur demander comment ils font pour chatter par exemple. Objectif ? Entamer une discussion, nouer un dialogue avec leurs adolescents.
Alors pour informer les parents, le ministère de la Famille lance une grande campagne de sensibilisation aux risques potentiels de l'Internet : dix films courts seront diffusés à la télévision à partir du 15 mai et pendant trois semaines.
 
Donner les clefs aux parents

Malgré les logiciels de filtrage, les supports d'informations des associations, des campagnes de sensibilisation de l'Etat, selon Claire Brisset « on n'en est qu'au tout début de la prise de conscience des risques auxquels sont exposés les enfants. En matière de protection de l'enfance sur Internet, un long chemin reste à parcourir ». Chemin qui doit être fait ensemble : institutions, milieu associatif, parents, enseignants, industriels. « La co-responsabilité de tous ces acteurs doit être la règle, explique Jean-Pierre Guignaux de l'Union nationale des associations familiales UNAF. On est face à une situation complexe où il est essentiel de donner des clefs aux parents, aux éducateurs, aux enseignants pour qu'ils comprennent et transmettent ensuite le message aux enfants. »

Crédit photos : Microsoft

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