Virginie Cuisinier

SOS enfants en détresse dans le monde

Orphelins, enfants des rues, prostitués, maltraités, exploités, enrôlés, affamés. Au moins un quart des enfants dans le monde survit dans des conditions épouvantables à cause de la pauvreté, du Sida ou de conflits armés. Privés d'enfance et des droits les plus élémentaires, ils sont à la merci d'adultes mal intentionnés. Tour d'horizon en Afrique, en Irak en passant par les Philippines et, même plus proche de nous, en France.
SOS enfants en détresse dans le monde
Cela peut commencer comme ça. Chaque année, dans les pays en développement (hors Chine), plus de la moitié des naissances n’est pas enregistrée. Soit plus de 50 millions d’enfants qui débutent leur vie sans avoir d’identité, en marge de leurs sociétés. Autant qui seront certainement privés de droits essentiels, des soins de santé, à l’éducation. Autant qui ne pourront sans doute pas se protéger face au danger. L’Unicef, dans son dernier rapport annuel sur la situation des enfants dans le monde 2006, les a appelé les « invisibles ». Une première forme d’exclusion parmi tant d’autres pour de trop nombreux enfants dans le monde victimes de violences, d’exploitation, souffrant de maladies ou de faim. Président de l’Unicef France, Jacques Hintzy estime qu’ « au moins un quart » des enfants sur la planète est touché par l’un de ces maux.
 
L'avenir sombre des orphelins du Sida en Afrique

Dans les pays les moins avancés, un enfant sur six meurt avant l’âge de 5 ans. Quand ils s’en sortent, grâce à l’aide d’ONG comme Médecins sans frontières qui lutte notamment contre la malnutrition, le combat n’est pas terminé. Toutes les minutes, en effet, un enfant de moins de 15 ans décède du sida dans le monde. L’épidémie du sida « galope », selon Jacques Hintzy, et, entre autres causes dramatiques, fait un nombre croissant d’orphelins. « En 2010, ils seront 24 millions », annonce Myriam Mercy. Fondatrice de Sol en Si en 1990 qui vient en aide aux familles concernées par le VIH en France, elle a créé en 2000 Orphelins Sida International. « Face à un désastre annoncé », cette association a tissé un réseau de parrainages essentiellement dans les pays d’Afrique. « Un enfant ne peut se construire que s’il existe dans la tête de quelqu’un d’autre. Le parrainage peut permettre de restaurer une partie de lien affectif perdu » explique-t-elle. Si ces orphelins ne sont pas pris en charge, ils « vont perdre leur identité, seront engagés dans des milices armées, livrés à la prostitution ou mourront probablement de sida dans la rue », prédit Myriam Mercy. Le virus est, rappelle le président de l’Unicef France, l’un des principaux facteurs « dévastateurs », avec la pauvreté et les conflits armés.
 
La guerre des enfants des rues en Irak

Implantée depuis 1993 en Irak, l’association Enfants du monde - Droits de l’Homme (EMDH) a vu son travail anéanti avec l’arrivée des forces de la coalition en 2003. « Pendant dix ans, nous avions remis à flot une soixantaine d’instituts spécialisés pour enfants dans ce pays qui  a souffert de l’embargo et de la guerre. Aujourd’hui, tous ces centres ont été écrasés, pillés, détruits, nous avons dû repartir de zéro et orienter notre action sur les enfants des rues », se désole Charaf Moulali, délégué général d’EMDH. Pour ces enfants confrontés chaque jour à la violence, « il n’y a aucune perspective d’avenir, ils se droguent avec de la colle et sont susceptibles de devenir acteurs du conflit », ajoute-t-il. Que ce soit à Bagdad, où EMDH a ouvert des lieux d’accueil animés par des Irakiens, ou au Darfour, où l’association intervient auprès des enfants déplacés, la priorité est de « récréer un environnement sécurisant » où ils peuvent s’exprimer, trouver une écoute, et jouer, pour « absorber le choc ».
 
Enfants prostitués, détenus, maltraités ou handicapés, rejetés de tous

Tenter de réparer des dégâts ou de soustraire ces populations vulnérables aux rudesses du monde adulte, c’est le but commun d’autres ONG telles qu’Enfants réfugiés du Monde ou Enfance et Partage. Cette dernière oeuvre également en France contre « toutes les formes de maltraitance » des enfants : violences physiques, psychologiques, abus sexuels. Comme dans d’autres pays industrialisés, la précarité et la pauvreté sont aussi une réalité dans le pays des droits de l’Homme où près d’un million d’enfants vit sous le seuil de la pauvreté. Plus loin, à Manille, la Fondation Virlanie lutte contre le même ennemi. Dans des maisons familiales d’accueil, des couples de Philippins prennent sous leur aile chaque année environ 600 enfants des rues, prostitués, handicapés, tous issus « de la pauvreté », selon Dominique Lemay, son fondateur. Présente depuis 1992, l’association milite aussi en faveur des enfants incarcérés parfois abusivement dans un pays rongé par la corruption. Trop rejetés, les handicapés mentaux, « resteront chez nous jusqu’à la fin », admet Dominique Lemay. Il a cependant bon espoir de sauver toujours plus de mineurs de la prostitution, en recul d’après lui, à Manille. « Des avancées réelles sont constatées pour les enfants dans le monde, ajoute Jacques Hintzy, le président du comité français de l’Unicef. C’est le cas dans le domaine de la couverture vaccinale, de l’éducation et grâce à une meilleure prise de conscience de gouvernements sur l’exploitation des enfants. Mais tant que le sida, la pauvreté et les conflits seront là, aucun progrès important ne sera réalisé », conclut-il.

Crédit photos : UNICEF France

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