Olivier Malaponti

Nos ados sont-ils en danger ?

Le suicide des deux jeunes filles de 14 et 15 ans, survenu le 25 janvier dernier dans le Pas-de-Calais, a soulevé de nombreuses interrogations quant au mal-être des adolescents.
Nos ados sont-ils en danger ?
L'adolescence, une période difficile

L'adolescence, que l'on situe généralement entre l'âge de 12 et 18 ans, est une étape fondamentale marquant le passage de l'enfance à l'âge adulte. Synonyme de transformations, aussi bien physiques que psychologiques, c'est une période de questionnements, sur la sexualité, l'identité, la place dans la société.

Des conduites à risque

Cette construction identitaire peut amener les ados à adopter ce que les spécialistes appellent des « conduites à risques ». Pour Xavier Pommereau, chef de l'unité médico-psychologique de l'adolescent au CHU de Bordeaux, « une personne qui connaît des troubles identitaires, quelle qu'en soit la raison, et sans en avoir complètement conscience, va plutôt être dans une logique de développement de ces conduites à risques, comme si, à travers ces actes, elle allait mieux se trouver, mieux affirmer sa présence, ou mieux confirmer qu'elle existe ».
Les adolescents vont-ils forcément mal, alors ? Pas si sûr, selon le professeur Marcel Rufo, pédo-psychiatre. Pour lui, 90 % des adolescents vont bien, mais « ceux qui vont mal cumulent les difficultés ; ils multiplient les conduites à risque : ils font les idiots, ils ont de mauvais résultats scolaires, ils prennent des produits (alcool, drogue.), ils ont une sexualité "hors jeu" ».

Rejet de l'autorité, violence : la prévention sur le terrain

Autre constat lié à cette période de la vie, le rejet de l'autorité, la survenance d'affrontements et de conflits, au sein de la famille comme à l'extérieur.
La violence, pour François, éducateur spécialisé, est à la fois un mode d'expression, de provocation et d'action pour ces jeunes. Il travaille pour Valdocco, une association de prévention contre la violence, à Argenteuil, dont l'objet est de « mener une action éducative auprès des enfants et des jeunes, par la mise en place d'actions de formation, d'actions de loisirs dans le domaine culturel et sportif, d'actions d'accueil et d'hébergement ». Prévention de la délinquance, lutte contre l'exclusion des jeunes, développement de la citoyenneté, aide à la réussite scolaire, à la mise en place de projets, médiation familiale, accueil des jeunes en difficulté, écoute, accompagnement. le Valdocco est mû par une approche qui consiste à « rejoindre l'enfant, le jeune, dans la rue, à l'école et en famille » et à l'amener au dialogue. Le but, pour les éducateurs, est d'instaurer pour les ados un climat de « bien-traitance » qui leur sera utile dans leur rapport aux autres.

Libérer la parole des victimes

« La violence, moins on en parle, plus ça fait mal » : tel est le slogan de la campagne lancée par Jeunes Violence Ecoute. L'agression, qu'elle soit verbale, psychologique, physique ou sexuelle, peut être traumatisante pour un adolescent. Et les chiffres de l'Observatoire national de la délinquance sont alarmants : entre 1996 et 203, les atteintes volontaires à l'intégrité physique ont augmenté de 55 % et les violences sexuelles de 68 %.

Écoute, information et orientation sur la santé

« L'adolescence est un moment où il est difficile pour les jeunes de s'adresser à un adulte » souligne Marie-Catherine Chikh, psychologue et responsable de Fil Santé Jeunes. C'est encore plus complexe lorsqu'il s'agit de parler de sujets aussi délicats que la sexualité, l'alcool ou la drogue. Alors, la communication de l'information, la recherche de réponses à leurs questionnements peut passer par d'autres biais. Pour Marie-Catherine Chikh, l'avantage d'appeler un numéro anonyme et gratuit comme celui de Fil Santé Jeunes réside dans « l'anonymat qui va permettre à l'adolescent d'apprendre à parler à un adulte ». Et la demande d'information est forte de la part des adolescents : « tout ce qui a trait à la contraception, à la sexualité constitue une grosse partie de nos appels, détaille-t-elle. Il y a aussi tout ce qui est en lien avec les questions sur les infections sexuellement transmissibles, sur les maladies en général, sur la puberté. Il y a aussi l'aspect relationnel : relations amoureuses, difficultés de relations avec les parents, conflits familiaux. Nous sommes dans, l'écoute, l'information, et l'orientation vers d'autres lieux, poursuit-elle. On s'efforce, dans l'entretien, d'ouvrir le jeune vers un tiers, qui peut être le parent, le proche, les copains. Mais ça peut être aussi l'infirmière scolaire, des lieux qui concernent la santé psychique, la contraception, la prévention des IST. Il s'agit de renvoyer le jeune à sa réalité », conclut Marie-Catherine Chikh.

La question du suicide

En France, chez les 15-24 ans, le suicide est la deuxième cause de mortalité après les accidents de la route. Selon une étude publiée par l'Inserm, « en France, 800 jeunes âgés de 15 à 24 ans mettent fin à leurs jours tous les ans et on estime qu'environ 140 000 font une tentative de suicide ». « Le fait de parler est la première façon de se libérer de sa souffrance », insiste Victor Silberfeld. « Il s'agit de faire prendre conscience au jeune que ça ne va pas, de l'aider à exprimer un mal de vivre, avant qu'il ne passe à l'action », souligne Marie-Catherine Chikh. Et de poursuivre : « Quand quelqu'un est dans le tunnel de la crise suicidaire et que, par chance, il nous appelle, en l'aidant à parler de son environnement, de son isolement, en l'aidant à faire le point pour qu'il exprime toute cette grisaille qu'il vit à quelqu'un d'autre, la douleur morale qui était attachée à tout ce vécu va se distendre », analyse-t-elle.

La prise en charge des adolescents

A l'hôpital Cochin à Paris, la maison des adolescents, Maison de Solenn, est un autre lieu d'écoute d'information, d'orientation et de prévention à destination des adolescents.
Volontairement ouvert sur l'extérieur, cet endroit contraste avec l'enfermement des adolescents. Pourtant, les messages écrits sur des pancartes accrochées au plafond leur ressemblent : « je ne m'aime pas », « je me trouve moche » : ils y retrouvent souvent leur maux et leurs mots. Alors, une équipe pluridisciplinaire de médecins, pédiatres, psychiatres, psychologues, assistantes sociales, éducatrices. est à leur disposition pour les aider.

Crédits photos : Benjamin Horvais, le Crips

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