Juliette Viatte

Scolariser les petites filles pour sauver les femmes de demain

Claire Chazal, Marie Drucker, Laurence Ferrari, Béatrice Schönberg, Mélissa Theuriau… Parce qu’elles ont pu recevoir l’éducation qui les a rendues libres de choisir leur destin, ces 5 journalistes s’engagent aujourd’hui pour La Rose Marie Claire.
L’objectif : réunir des fonds pour scolariser des petites filles défavorisées dans le monde mais aussi en France. Du 5 au 11 mars 2007 pour chaque rose vendue au prix de 3 euros, la moitié est reversée aux trois associations partenaires : l’Unicef, Toutes à l’école, Un regard, un enfant.
Scolariser les petites filles pour sauver les femmes de demain
Des bénéfices pour tous

Les chiffres sont effrayants. Officiellement 200 millions de petites filles n’ont pas accès à l’éducation dans le monde. La réalité, si l’on ajoute les fillettes non déclarées, notamment en Chine, se rapproche davantage des 300 millions. 300 millions de fillettes susceptibles d’être livrées à la prostitution, au travail ou aux mariages forcés, aux mutilations génitales, à la lapidation… C’est dire si l’enjeu est important.
« On sait pourtant que l’éducation des filles est « l’investissement » le plus sûr pour l’avenir, explique Anne Cassiot, responsable des relations extérieures d’Aide et Action, car il a des conséquences bénéfiques sur plusieurs générations. Un homme scolarisé dans son enfance enverra au mieux ses propres garçons à l’école, une femme enverra tous ses enfants ». Tout le monde est gagnant. Car avec l’éducation, la femme apprend à se protéger de l’exploitation, de la violence comme des maladies (VIH ou maladies infectieuses). Elle peut contrôler ses naissances, combattre la malnutrition et améliorer ses conditions de vie en adoptant des mesures d’hygiène pour elle et toute sa famille.
Il apparaît aussi que l’éducation confère aux femmes une conscience démocratique et citoyenne. Elle permet une croissance économique, notamment dans les pays dont le niveau de revenu est peu élevé. Une des principales raisons est l’augmentation du niveau de la productivité agricole liée à la connaissance et au savoir.

L'éducation des filles, une priorité mondiale

Cet enjeu, Jacques Hintzy, président de l’Unicef France, l’a bien compris. « L’éducation des filles est une priorité mondiale car les deux-tiers des analphabètes sont des femmes. Il existe de multiples raisons à cela. La discrimination sexuelle d’abord. En Afghanistan par exemple, moins de 14 % des filles va à l’école. Mais il y a aussi des raisons traditionnelles (en Afrique ce sont les filles qui sont chargées de parcourir des kilomètres pour aller chercher l’eau au puit) ou de sécurité (on craint qu’elles soient enlevées ou violées). Et bien sûr la pauvreté. »

L’Unicef est cette année soutenue par La Rose Marie Claire pour son programme de création et de rénovation de 400 écoles en Casamance. « Il y a au Sénégal une vraie volonté politique d’éduquer les jeunes filles, mais le pays est jeune et pauvre. 58 % de la population a moins de 20 ans et vit avec moins d’un dollar par jour », ajoute Jacques Hintzy. La Casamance est une région rurale, longtemps insécurisée où le taux d’alphabétisation des filles est le plus faible (14 % contre 29 % dans le reste du pays). La mission de l’Unicef est donc d’équiper les écoles et de les approvisionner en eau potable, de former les maîtres, d’adapter les programmes alimentaires aux enfants qui ont marché plusieurs heures pour rejoindre l’école, d’éduquer à la santé, et de sensibiliser les parents.

Cet aspect de l’adhérence des communautés au projet d’école est confirmé par tous. « En 2006, nous avons ouvert une école au Cambodge, l’un des pays les plus pauvres du Sud-Est Asiatique », explique Tina Kieffer, présidente de l’association Toutes à l’école. Les Khmers rouges y ont massacré 90 % des intellectuels. Il y a une pénurie d’enseignants et beaucoup d’enfants connaissent le fléau de la prostitution. « L’école accueille aujourd’hui 95 petites filles. Cette année, nous voulons proposer des cours d’informatique et créer une bibliothèque accessible à tous les habitants du village pour permettre l’insertion dans le tissu social. C’est très important de ne pas stigmatiser les fillettes. » En 2007, l’école accueillera une nouvelle promotion pour atteindre à terme 1 200 enfants, suivies du cours préparatoire jusqu’au Bac. « L’objectif final est de les porter vers les postes clés de leur pays », ajoute Tina Kieffer.

En France aussi, des jeunes filles sont contraintes d'arrêter leurs études

En France, l’école est obligatoire… jusqu’à 16 ans. Or on estime à 100 000 le nombre de jeunes filles vivant en dessous du seuil de pauvreté et obligées d’abandonner leurs études pour travailler et subvenir aux besoins de leur famille. Pour lutter contre cette réalité, des bourses connues sous le nom de « Women’s Education France » sont décernées chaque année par l’association Un regard, un enfant. 21 jeunes filles ont ainsi été soutenues en 2006. Elles pourront peut-être réaliser leur rêve : devenir médecin, publicitaire, magistrate, puéricultrice… et surtout exercer un métier qu’elles auront choisi librement.

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Crédit photos :
Francis Fanell

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