Violaine de Marsangy

La liberté de la presse dans le monde

Menacée par des intérêts politiques ou des milices indépendantes, la liberté de la presse demeure bafouée dans de nombreux pays. Premières victimes de cette répression : les journalistes. Parfois ce sont des rédactions entières qui sont en danger. État des lieux.
La liberté de la presse dans le monde
2005 : année sombre pour la presse

« La liberté de la presse dans le monde continue à mal se porter », constate amèrement Jean-François Julliard, directeur de l'information de Reporters Sans Frontières, RSF. En effet, chaque année davantage de journalistes sont assassinés. En 2005, 63 d'entre eux ont trouvé la mort. Ce chiffre n'avait pas était atteint depuis dix ans. L'Association mondiale des journaux (AMJ) estime que plus de 500 journalistes ont été arrêtés en 2005 ; pour RSF 800 auraient été interpellés.
Les exactions contre les journalistes et les attaques contre leurs publications se perpétuent dans de nombreux pays : en Asie, en Afrique, au Moyen Orient, dans les Caraïbes mais aussi en Europe. « Mais le fait marquant de ces dernières années est la guerre en Irak, souligne Jean-François Julliard. Les risques d'enlèvement y sont considérables. Même au Liban, nous n'avions pas atteint un tel stade ». En trois ans, 86 journalistes ont été tués là-bas. Ce conflit est le plus meurtrier pour la presse depuis la deuxième guerre mondiale.
 
Qui sont les mauvais élèves ?

En dehors du cas particulier de l'Irak, il est difficile de pointer du doigt certains pays plutôt que d'autres, car les Etats où sont asphyxiés les médias indépendants sont très nombreux. Selon l'AMJ, « les gouvernements de Chine, de Cuba, du Népal, de Biélorussie et du Zimbabwe persistent dans leurs attaques incessantes contre les médias. Le silence en Corée du Nord, en Erythrée, en Libye et au Turkménistan laisse présager clairement ce que peut être la situation des médias derrière les murs fortifiés de ces pays ». D'autre part, l'Asie reste la région la plus périlleuse au monde pour ceux qui pratiquent le journalisme, en raison du nombre de journalistes persécutés, de l'absence d'entreprises de médias indépendantes et de l'atteinte de la liberté de la presse par les autorités.
 
Quels types de pressions ?

Elles sont majoritairement politiques et se matérialisent par des menaces personnelles ou envers les familles : agressions, licenciements abusifs, chantage, emprisonnements ou encore torture. Ces exactions sont perpétrées par les forces étatiques ou par des groupes privés, indépendants, tels que des mouvements rebelles. Parfois, on assiste à des pressions économiques contre des journaux : amendes exorbitantes, appels au boycott publicitaire. De son côté, Amélie Kalinine, chargée de Mission Liberté de la Presse à l' AMJ, précise que « dans certains pays, on assiste à des arrestations massives. Une nouvelle forme de répression contre la presse apparaît : la lutte contre les cyberdissidents sur Internet. »
 
Que faire ?

Tout d'abord informer. C'est ce que font RSF et l'AMJ. RSF informe le grand public au quotidien de la situation dans le monde. L'association mène des enquêtes sur le terrain et sensibilise la presse locale. D'autre part, elle apporte des aides juridiques aux journalistes emprisonnés ou réfugiés. L'AMJ, quant à elle, est une association à but professionnel. Elle représente 18 000 journaux dans le monde. Son action est tournée vers les directeurs de journaux et les rédacteurs en chef. Son objectif principal est de promouvoir la liberté de la presse. Chaque année à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse qui se déroule le 3 mai, elle met à disposition des journaux une base de ressources d'information Internet.
En parallèle de ce travail d'information, la Maison des Journalistes, basée à Paris, réalise une action sociale auprès des journalistes exilés et réfugiés. « Entre leur arrivée en France et le moment où ils obtiennent l'asile politique, les journalistes réfugiés ont six mois de galère », explique Philippe Spinau, le directeur de la Maison. « Nous leur apportons une aide administrative pour effectuer les démarches de demande d'asile, une aide psychologique, nous les logeons pendant six mois, nous organisons des cours de français, de civilisation et d'éducation civique, et nous les conseillons, quand nous pouvons, sur leur nouvelle orientation professionnelle ici. L'objectif est de leur donner toutes les clés pour qu'ils puissent s'insérer facilement en France », précise Philippe Spinau. L'ensemble de ces actions, ainsi que la mobilisation du public, peuvent contribuer à l'amélioration du respect de la liberté de la presse, voire à la libération de journalistes otages, comme en témoigne la libération de Florence Aubenas, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, l'année dernière.

Crédit photos : RSF

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