Par Elodie Robert | |
Chékéba Hachemi : Son combat pour l’éducation des femmes afghanes
Contrainte de quitter l’Afghanistan à l’âge de 11 ans en raison de l’invasion soviétique, Chékéba Hachemi s’installe en France avec le souvenir d’un pays meurtri.
A 22 ans, elle fonde l’association Afghanistan Libre pour soutenir l’économie locale et l’éducation des femmes dans son pays. Rencontre.
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Pourquoi avoir créé Afghanistan Libre ?
Je suis partie d’Afghanistan avec ma mère quand j’étais petite fille. Au premier barrage vers le Pakistan, nous avons été séparées. En traversant les montagnes avec un passeur j’ai découvert des villages bombardés et les horreurs de la guerre. Cette expérience a été très traumatisante et ce souvenir ne m’a jamais quittée.
En 1996, j’ai créé l’association Afghanistan Libre avec des amis français et afghans. Au départ, nous cherchions des financements français pour construire des écoles en Afghanistan et tout particulièrement pour les femmes. Mais c’est seulement en 1999, pour rencontrer le commandant Massoud, que je suis retournée pour la première fois en Afghanistan. Faire la connaissance d’un personnage tel que Massoud, mais aussi ma rencontre avec les femmes afghanes ont tout chamboulé : elles m’ont fait comprendre que la priorité était d’agir concrètement sur le terrain au lieu d’envoyer de l’argent de France. Avec des petits budgets, nous avons alors commencé à mettre en place des écoles de fortunes, des dispensaires…Puis mes voyages se sont multipliés. Nous avons créé la première coopérative de femmes dans la vallée du Panjshir, en zone libre, où au travers d’ateliers de couture, les femmes apprenaient à devenir autonomes.
Quelles sont les actions d’Afghanistan Libre ?
La moyenne d’âge pour les femmes en Afghanistan est de 40 ans avec le taux de mortalité et le taux d’analphabétisme les plus élevés du monde. Notre volonté est d’aider les femmes à trouver leur place dans la société grâce à l’éducation. Pour cela nous construisons des écoles dans les villages, mais aussi des centres d’éducation à la santé. Actuellement, nous sommes également en train de lancer des programmes pour aider les femmes à créer des micro-projets coopératifs rémunérateurs.
Parallèlement, en 2002, nous avons créé le premier magazine féminin afghan, Roz . Nous en sommes très fières car c’est le plus lu par les femmes afghanes. Il traite des Droits de la femme dans l’islam, d’éducation… De sujets qui concernent toutes les femmes mais qui sont encore souvent tabous.
Vous avez été nommée 1 ère femme diplomate du gouvernement provisoire afghan. Pouvez-vous nous parler de votre engagement ?
En décembre 2001, lors de la mise en place du gouvernement provisoire d’Hamid Karzaï, nous n’avions pas d’ambassade à Bruxelles. Ayant beaucoup travaillé avec les institutions européennes pour la création d'Afghanistan Libre, j’ai été nommée diplomate puis Premier Secrétaire de l’ambassade d’Afghanistan auprès de l’Union européenne. J’ai continué à aller sur le terrain très fréquemment et mes interventions à la Commission étaient plus réalistes que diplomates. Puis en 2005, après 3 ans à Bruxelles, j’ai décidé de m’installer à Kaboul où j’ai travaillé au sein du gouvernement pendant 2 ans. Puis en 2007, le nouveau ministre des Affaires étrangères souhaitait développer les relations avec la France. Ils m’ont alors nommé Ministre Conseiller à Paris. Peu de temps après, j’ai choisi de tout quitter pour changer de voie et de continuer à me consacrer aux projets d'Afghanistan Libre. Je me sens plus utile sur le terrain que dans un bureau avec un langage de bois…
Quelle est la situation des femmes actuellement en Afghanistan ?
Elle est très complexe. Avant les Talibans, leur taux d’analphabétisme était déjà de 95%. Ensuite, les Talibans ont tout fait pour les faire disparaitre de la société : pas de sorties, pas d’école, pas de médecin, lapidations publiques pour montrer l’exemple, etc.
Puis le gouvernement d’Hamid Karzaï a permis aux femmes de voter mais aussi de faire partie du monde politique : le premier parlement afghan en 2005 est constitué de 27% de femmes élues par toutes les provinces. La place des femmes a donc évolué, certes, mais la réalité de leur vie quotidienne est tout autre. Elles sont psychologiquement traumatisées par 6 ans de régime taliban et encore aujourd’hui, elles ne vont pas à l’école, sont démunies et meurent de faim. Notre rôle est donc de leur permettre d’accéder à une éducation pour qu’elles apprennent ce qu’avoir des droits signifie.
Crédit Photo :
Afghanistan Libre
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