Juliette Viatte

Jeunes, emploi et diversité, un tiercé gagnant

Si le chômage des jeunes est une question préoccupante, l'égalité des chances reste encore aujourd'hui en France un concept à imposer.  Discrimination à l'embauche ou victimes des préjugés, manque de réseau relationnel, accès à des emplois sous qualifiés malgré des diplômes élevés... les jeunes issus de l'immigration, de quartiers sensibles ou de zones rurales peinent à s'intégrer professionnellement. Pourtant leurs compétences sont nombreuses et leur volonté d'entreprendre illimitée.
Jeunes, emploi et diversité, un tiercé gagnant
Porter l'initiative dès l'école
 
Tutorats d'entreprises, interventions d'avocats ou d'entrepreneurs dans les collèges, conventions d'éducation prioritaire pour permettre aux élèves de quartiers défavorisés d'intégrer des grandes écoles, type Sciences Pô ou Essec... Les initiatives se multiplient. Aujourd'hui le gouvernement vient de décider la création de classes d'excellence regroupant les meilleurs élèves de chaque niveau pour leur faire bénéficier d'un enseignement digne des meilleurs établissements... Pourtant et même s'ils ont des idées, les jeunes doutent de leurs compétences ou ne savent pas toujours à qui s'adresser. C'est pourquoi l'association Ashoka, présente aujourd'hui dans 70 pays, développe depuis 15 ans un programme « Jeun-E-S » qui vise à les accompagner tant financièrement que par une mise en réseau, pour développer leur confiance en eux. Nous intervenons dès le collège, en leur disant « lancez-vous, nous pouvons vous aider », explique Catherine Leroy-Jay Fredet, chargée de la communication d'Ashoka. Il s'agit de leur apprendre à s'organiser et de permettre à des jeunes de banlieue de côtoyer d'autres univers  pour rompre ce qu'ils appellent eux-mêmes le « syndrome du périphérique ». La peur d'aller à la rencontre d'un monde qu'ils ne connaissent pas.
 
Faire évoluer l'entreprise
 
À diplôme égal, les candidatures des jeunes issus de quartiers populaires sont rejetées 4 fois sur 5 et les emplois qu'on leur propose restent en deçà de leur niveau de compétence. Pourtant 500 000 emplois ne sont toujours pas pourvus, explique Saïd Hammouche, directeur général et fondateur de l'association Mozaik RH.  Tous ces efforts seraient-ils donc inefficaces ? Car les jeunes, même surdiplômés, restent confrontés à la douloureuse question des préjugés et de la différence. À l'image de cette jeune Antillaise de 26 ans, titulaire d'un Bac +5. « On ne me parle que de mon beau pays, du soleil et de la mer lors de mes entretiens d'embauche, jamais de mes compétences, ni du poste auquel je postule ». Aujourd'hui il semble donc nécessaire de travailler avec les services de ressources humaines des entreprises. Il faut démontrer que la diversité génère de la richesse et faire évoluer les mentalités vers un esprit d'ouverture, ajoute Saïd Hammouche. La démarche de ce dynamique entrepreneur est double. D'un côté, l'association construit des plans d'action sur mesure et adaptés aux problématiques et à la culture de chaque entreprise. De l'autre, elle repère les candidats au sein même des quartiers et les accompagne dans leur recherche d'emploi grâce à un réseau de professionnels bénévoles. Nous proposons des ateliers individuels ou collectifs pour leur permettre d'améliorer leur présentation, les aider à convaincre ou leur transmettre les codes de l'entreprise auquel leur milieu modeste ne leur a pas donné accès.
 
Soutenir la création et le développement de projets
 
L'intégration professionnelle passe également par la création d'entreprises. Plus que tout autre, les jeunes des quartiers ont besoin d'être accompagnés. D'abord pour rendre les projets possibles et réalistes, ensuite pour bénéficier d'une aide technique et humaine. Ils ont du mal à identifier les structures qui pourraient les soutenir, explique Abdellah Aboulharjan, fondateur de Jeunes entrepreneurs de France. C'est pourquoi il est important d'aller à leur rencontre et de les aider à définir leurs besoins.  Originaire de Mantes la Jolie, j'ai moi-même rencontré ces difficultés (accès aux financements, mise en réseau, connaissance de la réglementation...). Les jeunes que je vois aujourd'hui nous font donc naturellement confiance. Après quatre années d'activité, Jeunes entrepreneurs de France dresse un bilan positif. 400 porteurs de projets ont ainsi été accompagnés et le taux de viabilité s'élève à 75 %. Un chiffre significatif qui révèle l'intérêt d'un engagement de proximité.
 
Crédit photo : Benjamin Horvais

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