Déborah Levy | |
Quelles chances pour l'égalité ?
Éducation, logement, emploi : tous les Français ont-ils les mêmes chances ? Aujourd'hui, chacun peut-il trouver sa place dans notre société ? La « crise des banlieues » a révélé les failles du modèle républicain. Dans les faits, les discriminations font partie du quotidien d'un certain nombre de nos concitoyens, géographiquement concentrés dans des « zones sensibles ». Proposée au lendemain des « émeutes », la loi pour l'égalité des chances a été adoptée le 9 mars dernier. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Qu'en pensent les associations ? Éclairages.
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Stigmatisation
« Français issus de l'immigration » : les populations d'origine maghrébine ou africaine sont parfois choquées de se voir désigner par cette formule. Dans certains cas, ils sont Français depuis plus de trois générations. Mais ces jeunes dont les parents sont issus de l'immigration sont majoritairement concentrés dans les quartiers les plus défavorisés. Résultat : le racisme et les discriminations prennent pour eux une dimension sociale.
Question de vocabulaire
Pour éviter toute confusion, la terminologie officielle réserve le terme d'« intégration » aux primo arrivants, c'est-à-dire aux étrangers qui n'ont pas encore acquis la nationalité française. « Aujourd'hui, on ne peut parler d'intégration pour désigner les Français issus de l'immigration. Ces jeunes se sentent Français et demandent à être considérés comme tels. Nous préférons parler d'insertion économique et sociale » précise Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Mouloud Aounit, président du MRAP, s'indigne quant à lui de l'emploi d'un vocabulaire souvent stigmatisant : « On doit enterrer le terme d'intégration et parler de déni de citoyenneté pour des Français que la France refuse de reconnaître ». C'est également l'avis de Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l'Homme : « le terme d'intégration sous-entend que certains Français devraient fournir un effort supplémentaire. Mais aujourd'hui, tout individu a un effort à faire pour s'insérer ». Au-delà de ces considérations terminologiques, associations et pouvoirs publics sont unanimes : pour trouver une place dans la société, tous les Français doivent bénéficier des mêmes chances. Mais qu'en est-il dans les faits ?
Pour éviter toute confusion, la terminologie officielle réserve le terme d'« intégration » aux primo arrivants, c'est-à-dire aux étrangers qui n'ont pas encore acquis la nationalité française. « Aujourd'hui, on ne peut parler d'intégration pour désigner les Français issus de l'immigration. Ces jeunes se sentent Français et demandent à être considérés comme tels. Nous préférons parler d'insertion économique et sociale » précise Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Mouloud Aounit, président du MRAP, s'indigne quant à lui de l'emploi d'un vocabulaire souvent stigmatisant : « On doit enterrer le terme d'intégration et parler de déni de citoyenneté pour des Français que la France refuse de reconnaître ». C'est également l'avis de Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l'Homme : « le terme d'intégration sous-entend que certains Français devraient fournir un effort supplémentaire. Mais aujourd'hui, tout individu a un effort à faire pour s'insérer ». Au-delà de ces considérations terminologiques, associations et pouvoirs publics sont unanimes : pour trouver une place dans la société, tous les Français doivent bénéficier des mêmes chances. Mais qu'en est-il dans les faits ?
Tout commence à l'école
Lieu de rencontre de la différence, l'école est aussi un espace de confrontation entre des cultures qui coexistent dans la méconnaissance réciproque. D'après une enquête du MRAP, plus d'un tiers des élèves perçoivent du racisme de la part des enseignants. 71% des jeunes interrogés déclarent observer des comportements racistes dans leur école. Le « choc des cultures » gagne les établissements scolaires. L'école permet-elle aux « minorités visibles » de s'insérer dans la société ? Rien n'est moins sûr. Du fait de la carte scolaire, la promotion de l'égalité des chances n'est pas assurée. Conséquence : « les établissements installés à proximité des cités dupliquent et répliquent les inégalités », estime Carole Diamant, professeur de philosophie au lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen.
Lieu de rencontre de la différence, l'école est aussi un espace de confrontation entre des cultures qui coexistent dans la méconnaissance réciproque. D'après une enquête du MRAP, plus d'un tiers des élèves perçoivent du racisme de la part des enseignants. 71% des jeunes interrogés déclarent observer des comportements racistes dans leur école. Le « choc des cultures » gagne les établissements scolaires. L'école permet-elle aux « minorités visibles » de s'insérer dans la société ? Rien n'est moins sûr. Du fait de la carte scolaire, la promotion de l'égalité des chances n'est pas assurée. Conséquence : « les établissements installés à proximité des cités dupliquent et répliquent les inégalités », estime Carole Diamant, professeur de philosophie au lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen.
Une République égalitaire ?
La France dispose d'un arsenal juridique très complet qui assure l'égalité des chances, du moins d'un point de vue juridique. Pourtant, les discriminations perdurent en toute illégalité, ne faisant que très rarement l'objet de poursuites. Une personne issue de l'immigration maghrébine a cinq fois moins de chances de décrocher un entretien d'embauche qu'un autre Français (1). Trouver un logement en centre ville ? C'est mission impossible quand le nom ou l'apparence physique révèle des origines immigrées. « Ce sont des Français qui, en majorité, sont dans les angles morts de l'égalité républicaine » souligne Mouloud Aounit. Dans l'ensemble de la société, les préjugés entraînent des discriminations qui font de l'égalité une illusion. Dès lors, comment adhérer aux valeurs communes d'une République qui ne tient pas ses promesses ? Pour se faire entendre, un seul lieu de parole : la rue.
La France dispose d'un arsenal juridique très complet qui assure l'égalité des chances, du moins d'un point de vue juridique. Pourtant, les discriminations perdurent en toute illégalité, ne faisant que très rarement l'objet de poursuites. Une personne issue de l'immigration maghrébine a cinq fois moins de chances de décrocher un entretien d'embauche qu'un autre Français (1). Trouver un logement en centre ville ? C'est mission impossible quand le nom ou l'apparence physique révèle des origines immigrées. « Ce sont des Français qui, en majorité, sont dans les angles morts de l'égalité républicaine » souligne Mouloud Aounit. Dans l'ensemble de la société, les préjugés entraînent des discriminations qui font de l'égalité une illusion. Dès lors, comment adhérer aux valeurs communes d'une République qui ne tient pas ses promesses ? Pour se faire entendre, un seul lieu de parole : la rue.
La loi pour l'égalité des chances
Destinée à répondre à la « la crise des banlieues », la loi pour l'égalité des chances a été adoptée par le Parlement le 9 mars dernier. Le texte légalise notamment la méthode du testing pour réunir les preuves nécessaires à condamnation des pratiques discriminatoires. Par ailleurs, le cv anonyme est rendu obligatoire pour toutes les entreprises de plus de cinquante salariés : « un progrès incontestable, mais les entreprises publiques doivent donner le signal de départ », estime Dominique Sopo. La loi étend également les pouvoirs de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'Egalité (HALDE), institution créée en 2004 pour identifier et combattre les pratiques discriminatoires. Mais certaines mesures sont jugées insuffisantes, voire inacceptables.
Destinée à répondre à la « la crise des banlieues », la loi pour l'égalité des chances a été adoptée par le Parlement le 9 mars dernier. Le texte légalise notamment la méthode du testing pour réunir les preuves nécessaires à condamnation des pratiques discriminatoires. Par ailleurs, le cv anonyme est rendu obligatoire pour toutes les entreprises de plus de cinquante salariés : « un progrès incontestable, mais les entreprises publiques doivent donner le signal de départ », estime Dominique Sopo. La loi étend également les pouvoirs de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'Egalité (HALDE), institution créée en 2004 pour identifier et combattre les pratiques discriminatoires. Mais certaines mesures sont jugées insuffisantes, voire inacceptables.
Une loi inadaptée ?
Pour Mouloud Aounit, « Si la HALDE s'emploie efficacement à identifier et à punir les discriminations, ses moyens sont dix fois inférieurs à ceux de son équivalent britannique ! » Autre sujet d'inquiétude, la disparition programmée du Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD), qui octroie des subventions aux associations engagées dans la promotion de ses objectifs. La nouvelle loi prévoit son remplacement par l'Agence nationale de la cohésion sociale et de l'égalité des chances dont les contours restent à délimiter. Les responsables de Zy'va, association de lutte contre l'échec scolaire en banlieue parisienne, s'inquiètent : « le gouvernement tente de supprimer les financeurs d'associations qui redonnent espoir aux milliers d'individus oubliés par la République ». L'égalité des chances a été déclarée grande cause nationale en 2006, mais les associations soulignent un manque de volonté politique. Comment alors, permettre aux Français issus de l'immigration d'accéder à une promotion sociale et économique ?
Pour Mouloud Aounit, « Si la HALDE s'emploie efficacement à identifier et à punir les discriminations, ses moyens sont dix fois inférieurs à ceux de son équivalent britannique ! » Autre sujet d'inquiétude, la disparition programmée du Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD), qui octroie des subventions aux associations engagées dans la promotion de ses objectifs. La nouvelle loi prévoit son remplacement par l'Agence nationale de la cohésion sociale et de l'égalité des chances dont les contours restent à délimiter. Les responsables de Zy'va, association de lutte contre l'échec scolaire en banlieue parisienne, s'inquiètent : « le gouvernement tente de supprimer les financeurs d'associations qui redonnent espoir aux milliers d'individus oubliés par la République ». L'égalité des chances a été déclarée grande cause nationale en 2006, mais les associations soulignent un manque de volonté politique. Comment alors, permettre aux Français issus de l'immigration d'accéder à une promotion sociale et économique ?
Tous concernés
L'accès au logement et à l'emploi reste le moteur de l'insertion des « minorités visibles ». Pour Dominique Sopo, « il faut d'abord corriger les erreurs du passé qui ont consisté à concentrer certaines populations dans des quartiers de relégation ». Comment ? « Notamment en rendant les demandes de logements sociaux anonymes afin que tous les Français puissent habiter dans des HLM de centre ville ». Mouloud Aounit considère, pour sa part, qu'il faut « tout simplement appliquer la loi et casser la dynamique de l'impunité qui entoure des discriminations ». Pour Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'Homme, « c'est la question du vivre ensemble qui se pose pour tout le monde, dans des termes de réciprocité». Mixité sociale et répression des discriminations, mais également travail de tous les instants sur notre perception de l'autre : pour que la République soit celle de tous les citoyens, il revient à l'Etat, mais aussi à chacun d'entre nous de donner une chance à l'égalité.
(1) Enquête de l'observatoire des discriminations
Crédit photos : Benjamin Horvais
L'accès au logement et à l'emploi reste le moteur de l'insertion des « minorités visibles ». Pour Dominique Sopo, « il faut d'abord corriger les erreurs du passé qui ont consisté à concentrer certaines populations dans des quartiers de relégation ». Comment ? « Notamment en rendant les demandes de logements sociaux anonymes afin que tous les Français puissent habiter dans des HLM de centre ville ». Mouloud Aounit considère, pour sa part, qu'il faut « tout simplement appliquer la loi et casser la dynamique de l'impunité qui entoure des discriminations ». Pour Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'Homme, « c'est la question du vivre ensemble qui se pose pour tout le monde, dans des termes de réciprocité». Mixité sociale et répression des discriminations, mais également travail de tous les instants sur notre perception de l'autre : pour que la République soit celle de tous les citoyens, il revient à l'Etat, mais aussi à chacun d'entre nous de donner une chance à l'égalité.
(1) Enquête de l'observatoire des discriminations
Crédit photos : Benjamin Horvais
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