Antoine Janbon

L'Union Européenne, quelle politique commune ?

Fondée sur un socle démocratique, l'Union européenne impose des critères stricts à ses futurs membres en matière de respect des droits de l'Homme. Pourtant, les violations sont nombreuses parmi les 25 Etats déjà présents et les droits les plus fondamentaux de la personne humaine sont souvent menacés.
L'Union Européenne, quelle politique commune ?
L'Union européenne hésite encore à accueillir la Turquie en son sein. Parmi les raisons invoquées pour faire obstacle à son adhésion : le non respect par Istanbul d'un certain nombre de droits de l'Homme. En effet, malgré des progrès notables, le gouvernement turc doit encore faire des efforts pour généraliser les réformes prévues notamment dans les domaines du respect des minorités nationales, des violences faîtes aux femmes et de la liberté d'expression.
Mais qu'en est-il des autres pays de l'Union ? Sont-ils tous exemplaires en matière de respect et de garanties des droits et libertés les plus fondamentaux ? A y regarder de plus près, les choses ne sont pas aussi évidentes.
En effet, les évènements de l'actualité viennent chaque jour nous rappeler à quel point l'idée des droits de l'Homme est une notion fluctuante au sein même de l'Europe des 25.
 
La sécurité au mépris de la liberté
 
La lutte contre le terrorisme, par exemple à la suite des attentats qu'ont pu subir des capitales comme Londres ou Madrid ces dernières années, a justifié de graves atteintes aux libertés individuelles. En Angleterre, le nécessaire respect de la présomption d'innocence des individus accusés de terrorisme a été souvent mis entre parenthèses. De la même manière, plusieurs gouvernements européens comme l'Italie ont activement collaboré avec les Etats-Unis, en particulier la CIA, pour transférer des personnes soupçonnées d'être des poseurs de bombe dans des prisons secrètes au sein de pays réputés pour régulièrement pratiquer la torture. « Afin de lutter contre ce fléau, de plus en plus d'Etats se servent des mêmes armes que les terroristes. C'est très inquiétant », explique Geneviève Sevrin, la présidente d'Amnesty international.
 
Les minorités menacées
 
Deuxième sujet de préoccupation. Le respect des minorités. En France, les pratiques discriminatoires dont peuvent faire l'objet certaines populations issues de l'immigration sont régulièrement dénoncées.
Cette année, le climat d'intolérance envers les homosexuels en Lettonie, en Pologne et en Roumanie était tel, que les autorités locales ont sciemment empêché le déroulement de certaines manifestations publiques prévues par ces populations, tandis que de hauts responsables politiques tenaient des propos ouvertement homophobes. « Parfois ce mépris pour les populations les moins nombreuses prennent des proportions ahurissantes. En République tchèque par exemple, les femmes roms sont régulièrement stérilisées à leurs insu et leurs enfants sont systématiquement scolarisés dans des écoles pour attardés mentaux », raconte Pierre Barge, secrétaire général de l'Association européenne pour la défense de droits de l'homme (AEDH) qui vient de publier un rapport sur le sujet.
 
Le droit d'asile peu respecté
 
Les moyens pour lutter contre l'immigration clandestine au sein de l'Union font également l'objet de bien des critiques. La possibilité pour un étranger de demander l'asile en Europe devient de plus en plus difficile. L'Italie ne reconnaît même pas ce droit dans sa législation interne malgré la ratification de la convention de Genève. L'Espagne est régulièrement accusée d'utiliser des moyens manifestement disproportionnés pour renvoyer des personnes qui risquent la mort dans leurs pays. Cette année, au moins 13 personnes sont mortes alors qu'elles tentaient depuis le Maroc de pénétrer dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.
 
Des moyens de recours existant
 
Que peut faire le citoyen européen pour faire cesser ces violations ? D'abord il peut utiliser l'arme juridique en saisissant la Cour européenne des droits de l'Homme. Cette option, il est vrai longue et fastidieuse, lui permettra d'obtenir la condamnation du pays concerné à une lourde amende. Le jugement fera l'objet d'une large publicité. « Cette Cour est une garantie essentielle pour faire respecter les droits les plus fondamentaux en Europe. C'est un outil nécessaire mais pas suffisant », explique Antoine Madelin, représentant de la FIDH auprès de l'Union européenne. Une analyse que partage Geneviève Sevrin : « Dans la lutte pour le respect des droits de l'homme, l'arme la plus efficace reste la capacité de chacun à se mobiliser pour dénoncer les atteintes les plus graves. On l'a vu en Espagne. Quand les gens sont descendus dans la rue pour demander que cesse les violences faîtes aux femmes, le gouvernement a été obligé de prendre des mesures en ce sens. Les droits de l'homme appartiennent à chacun d'entre nous. Chaque citoyen est légitime à les défendre. »
 
Crédit photo : © Amnesty International

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