Par Elodie Robert | |
Défendre au delà des frontières
« Assurer la défense de toute personne dont les droits fondamentaux ne sont pas respectés et qui ne peut bénéficier de l'assistance d'un avocat libre et indépendant ...». Telle est la mission d'Avocats Sans Frontières (ASF). Rencontre avec François Cantier, fondateur et président d'ASF France.
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Comment a été créé le mouvement Avocats Sans Frontières ?
La première association de ce mouvement, ASF Belgique , a été créée en 1992. C'est avec elle que j'ai eu mes premières expériences sur le terrain, au Rwanda. Après le Génocide, lorsque le gouvernement rwandais a voulu juger les responsables, il n'y avait personne pour les défendre. Idem pour les victimes. C'est de là que l'idée nous est venue : créer un projet réunissant les avocats de plusieurs pays qui iraient défendre accusés et victimes devant les tribunaux. C'est l'expérience fondatrice du mouvement ASF.
Pourquoi avoir décidé de créer ASF France ?
Pour développer le mouvement, il fallait l'implanter dans plusieurs pays. J'ai donc créé ASF France en avril 1998. La première expérience d'ASF au Rwanda était une situation d'urgentiste : il n'y avait pas d'avocats, il fallait donc aller défendre des citoyens. Mais en créant ASF France j'avais une autre idée : Soutenir les acteurs locaux de la justice et du droit de manière à les rendre indépendants et de renforcer leur positionnement face aux pouvoirs publics. Pour cela, nous avons mis en place des formations professionnelles juridiques afin de conforter les capacités locales et d'autonomiser les acteurs du système judiciaire. C'est ce volet que nous avons particulièrement développé au Cambodge où les deux décennies de guerre civile ont privé le pays de ses intellectuels et de la majorité de ses juristes. Depuis la réouverture de l'accès à la profession d'avocat en 2000, le nombre d'avocats inscrits au Barreau du Cambodge a doublé pour atteindre l'effectif d'environ 400 avocats aujourd'hui.
Comment êtes-vous amené à intervenir dans un pays ?
Nous arrivons sur les affaires de manières très diversifiées. Ce sont des confrères d'origine bulgare à Paris qui ont attiré notre attention sur la situation des infirmières Bulgares et du médecin Palestinien emprisonnés en Lybie en janvier 2005. Ils ont été faits prisonniers en 1999 mais cette affaire était alors méconnue. Les accusés, défendus par des avocats bulgares et libyens, étaient très isolés et venaient d'être condamnés à mort. La force d' ASF est d'apporter des compétences mais aussi une présence internationale. C'est pour cette raison que nous avons été contactés. Nous avons travaillé avec leurs avocats devant la cours suprême et notre première intervention a eu des effets positifs puisque l'arrêt qui les condamnait à mort a été annulé (une première fois) en décembre 2005. Le cas d'Amina Lawal au Nigéria en 2002 est différent. J'ai appris qu'elle allait être lapidée pour adultère et j'ai moi-même contacté l'organisation Nigérienne qui la défendait.
Crédit Photo :
Benjamin Horvais
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