Par Karima Guénivet | |
Droits de l'Homme, quel bilan en France ?
Depuis plus de 100 ans, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) sert de garde-fou aux pouvoirs politiques. Face à la remise en cause de certains droits élémentaires, le point sur les risques et les enjeux des droits de l'Homme en France avec Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue.
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On sait que la France est régulièrement épinglée par la Cour européenne des droits de l'Homme, quelles sont selon vous les atteintes aux droits de l'homme les plus courantes dans notre pays ?
Sur le terrain des libertés, on constate qu'une montée en puissance de toute une série de thématiques sécuritaires et anti-étrangers a donné lieu à des lois successives. Il en résulte des atteintes assez massives aux libertés. L'utilisation des pouvoirs de police est devenue de plus en plus importante et discrétionnaire. Ce sont par exemple les contrôles d'identité, les fouilles de véhicule, le fichage... la dernière actualité étant Ardoise. Il s'agit d'un projet de fichier général de la population française, de la police et gendarmerie confondues, à travers lequel, on trouvait des indications telles que « homosexuel », « militant syndical », etc. La ministre de l'intérieur dit avoir suspendu provisoirement la mise en oeuvre de ce fichier, mais nous restons très vigilants. Et tout cela était impensable il y a quelques années !
Nous sommes en plein recul de la protection de la vie privée. Notamment à cause des nouveaux procédés technologiques de contrôle qui permettent techniquement d'en savoir davantage sur les personnes. La lutte anti-terroriste, certes nécessaire, a également servi de cheval de Troie à une régression des libertés. Quels que soient les gouvernements, on a tendance à confondre les questions de sécurité quotidienne avec les questions d'anti-terrorisme.
Nous sommes en plein recul de la protection de la vie privée. Notamment à cause des nouveaux procédés technologiques de contrôle qui permettent techniquement d'en savoir davantage sur les personnes. La lutte anti-terroriste, certes nécessaire, a également servi de cheval de Troie à une régression des libertés. Quels que soient les gouvernements, on a tendance à confondre les questions de sécurité quotidienne avec les questions d'anti-terrorisme.
Quel est le rôle de la Ligue pour éviter de telles dérives ?
Nous considérons que notre rôle est d'alerter l'opinion et de discuter avec les institutions.
Mais au-delà de cette réactivité, c'est aussi d'essayer de penser les mutations des droits de l'Homme. Depuis 1945, il existe un sondage sur les droits sociaux qui demande aux personnes: « Pensez-vous que ça ira mieux pour vos enfants ? ». Et depuis 25 ans la réponse s'est inversée ! Aujourd'hui, même les couches sociales les plus favorisées estiment que la précarité peut atteindre tout le monde. Il y a un vrai problème de remise en cause des acquis sociaux dans nos sociétés et c'est l'objet principal de notre réflexion.
Mais au-delà de cette réactivité, c'est aussi d'essayer de penser les mutations des droits de l'Homme. Depuis 1945, il existe un sondage sur les droits sociaux qui demande aux personnes: « Pensez-vous que ça ira mieux pour vos enfants ? ». Et depuis 25 ans la réponse s'est inversée ! Aujourd'hui, même les couches sociales les plus favorisées estiment que la précarité peut atteindre tout le monde. Il y a un vrai problème de remise en cause des acquis sociaux dans nos sociétés et c'est l'objet principal de notre réflexion.
Quels seront, selon vous, les grands enjeux de la Ligue des droits de l'Homme dans 10 ans ?
Il y en aura trois selon moi :
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Le premier est la sécurisation des droits sociaux fondamentaux... C'est-à-dire comment sécuriser le statut social des individus sans pour autant bloquer la mobilité. Comment faire pour que les droits sociaux priment et surtout comment assurer des conditions de vie décentes non anxiogènes pour l'ensemble des agents économiques...
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Le second enjeu est la régulation des grands enjeux planétaires, éthiques, technologiques et écologiques. Il est évident que nous avons atteint un seuil et cela demande d'inventer une nouvelle régulation planétaire. Il faudra trouver un compromis nord-sud entre les pays qui sont déjà très loin dans le progrès polluant et ceux qui ont envie de progresser. La question est « peut-on laisser les choses se faire sans régulation, au risque de devoir faire face à des situations comme les émeutes de la faim ou doit-on créer un espace civique mondial ? ».
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Enfin, le troisième est la diversité culturelle. A la Ligue, nous pensons qu'il existe un noyau de droits indérogeables à défendre absolument, mais à condition de ne pas en avoir une lecture ethnocentriste. Chacun a à apprendre des autres ! Il faut travailler avec les progressistes de tous les pays. L'enjeu de cette action c'est l'intégration sociale au niveau mondial fondée sur une solidarité internationale qui encourage la société civile à l'intérieur de chaque pays.
Peut-on encore dire aujourd'hui que la France est la patrie des droits de l'Homme ?
Historiquement, la France n'a jamais été « le » pays des droits de l'Homme. Certes, nous avons eu la Révolution française, et c'est très important. Mais 100 ans auparavant, il y avait eu le Bill of Rights en Angleterre et en 1776 la Déclaration de Virginie aux Etats-Unis. Les droits de l'Homme n'ont pas de passeport. Mais il est vrai qu'en tant que Français, nous avons une responsabilité historique qui est de ne pas démériter !
Historiquement, la France n'a jamais été « le » pays des droits de l'Homme. Certes, nous avons eu la Révolution française, et c'est très important. Mais 100 ans auparavant, il y avait eu le Bill of Rights en Angleterre et en 1776 la Déclaration de Virginie aux Etats-Unis. Les droits de l'Homme n'ont pas de passeport. Mais il est vrai qu'en tant que Français, nous avons une responsabilité historique qui est de ne pas démériter !
Crédit Photo :
Benjamin Horvais
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