Virginie Cuisinier

Ailleurs, l'école pour sortir de la misère

Pour 115 millions d'enfants dans le monde en âge de recevoir un enseignement primaire, la rentrée scolaire n'aura pas lieu. Parce qu'ils sont nés dans un endroit meurtri par la guerre ou la pauvreté, les enfants des pays en développement sont condamnés à travailler ou, pire, à combattre. En Afghanistan, en Haïti, en République démocratique du Congo ou ailleurs, l'éducation est une priorité mais pas toujours une réalité.
Ailleurs, l'école pour sortir de la misère
L'ambition et les faits

Objectif irréaliste ? D’ici 2015, tous les enfants du monde doivent être scolarisés dans le primaire. C’est l’engagement pris par la communauté internationale. « Le but ne sera peut-être pas atteint dans tous les pays en 2015 », reconnaît d’emblée Nicholas Burnett, directeur du rapport mondial de suivi du programme « l’Education pour tous », dirigé par l’Unesco. Près de 115 millions d’enfants dans le monde en âge de recevoir un enseignement primaire ne sont pas scolarisés. Soit environ 20% d’enfants privés de ce droit fondamental, selon l’Unicef, qui met en œuvre des actions d’éducation aux quatre coins du globe. Parmi les régions qui accusent le plus grand retard : l’Afrique Subsaharienne et l’Asie du Sud. Huit enfants non scolarisés sur dix vivent en effet  dans ces zones démunies, souvent déchirées par des conflits.

L'école, une seconde chance

Retraité de l’Unesco, André Lokisso a créé l’association Assistance à l’intégration des enfants démobilisés (AIED) pour réinsérer les enfants soldats en République Démocratique du Congo (RDC). « Plus de 38 000 enfants soldats sont enrôlés dès l’âge de 7 ans dans des groupes armées en RDC. La plupart sont drogués, beaucoup sont illettrés, atteints de maladies, certains obligés de se livrer à des pratiques cannibales. Lorsqu’ils sont démobilisés, ils sont complètement traumatisés et potentiellement délinquants », confie-t-il. L’association a mis au point un projet pilote de réhabilitation de ces enfants, fondé sur l’acquisition d’une éducation de base et la formation à un métier. On estime à plus de 300 000, le nombre d’enfants soldats dans le monde.
En Haïti, pays marqué par des années de dictature, par la misère et la violence, en partie dévasté par le cyclone Jeanne en 2004, l’ONG Aide et Action soutient, elle, les écoles communautaires. Celles-ci sont « le fruit de la mobilisation des villageois qui se débrouillent avec les moyens du bord pour construire les bâtiments et recruter les professeurs. Mais, faute d’engagement de l’Etat, les villageois sont livrés à eux-mêmes et manquent de ressources financières, alors nous leur apportons un appui matériel et nous jouons un rôle de coordination », détaille Gilles Oddos, réalisateur de deux films en Haïti pour l’association née en 1981 et présente aujourd’hui dans une vingtaine de pays.
Autre nation meurtrie : l’Afghanistan. A Kaboul, environ 50 000 enfants travaillent dans les rues à laver des voitures, cirer des chaussures, ramasser des papiers…Autant qui souffrent de faim, de maladies, de maltraitance, de violence ou d’esclavagisme. Dans ce pays frappé par 25 années de guerre, « le manque d’infrastructures et de personnel enseignant est criant », affirme Edouard Gaultier, directeur de l’association Afghanistan Demain, qui intervient depuis février 2002 en faveur de l’éducation des enfants des rues. Trois centres de l’association accueillent dans la capitale les Afghans âgés entre 8 et 18 ans pour les remettre à niveau et leur permettre d’intégrer ensuite l’école publique. « En général, on arrive à convaincre les familles de l’intérêt, pour leur enfant, d’apprendre à lire et à écrire. Mais on se heurte à deux difficultés principales : la précarité, source d’instabilité, qui les amène à quitter Kaboul, et l’abandon des filles, retirées de l’école pour des raisons culturelles », précise Edouard Gaultier.

Qualité et suivi de l'enseignement : des points cruciaux

S’assurer que les écoliers bouclent un cycle complet d’enseignement primaire et supprimer les disparités entre les sexes : telles sont précisément les missions de l’Unicef en matière d’éducation. « L’enjeu n’est pas tant l’inscription des enfants que la poursuite de la scolarité des garçons comme des filles, explique Carole Reminy, responsable du service plaidoyer éducation jeunesse à l’Unicef France. Dans quelques pays, comme à Madagascar, le taux d’inscription dépasse 90% mais ils ne sont que 30% à 40%, environ, à achever leurs études primaires ». Voilà pourquoi l’exigence d’une éducation pour tous s’accompagne aussi de celle d’un apprentissage de qualité et suivi. « Certains pays, en Amérique Latine par exemple, sont sur le point de remplir l’objectif de scolarisation de tous les enfants. La hine, elle, a considérablement réduit le nombre de ses analphabètes. Et les progrès les plus rapides ont été enregistrés dans les pays les moins en avance (Afrique de l’Ouest, Inde), note le directeur du rapport mondial de suivi de « l’Education pour tous », Nicholas Burnett. Toutefois, nuance-t-il, la qualité des cours reste problématique. » Des classes qui comptent jusqu’à 80 écoliers, des instituteurs passés maître dans l’art d’un rabâchage sans réelle valeur éducative… « Il ne s’agit pas seulement de faire venir les enfants à l’école », ajoute Carole Reminy, de l’Unicef, l’ONG œuvrant autant pour fournir des repas à l’école et du matériel scolaire, que pour former des enseignants. L’enjeu est capital, comme le souligne Aide et Action : rien de moins que « le développement humain ».

Crédit photos : Afghanistan Demain

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